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Bibliophilie émigration russe

  • Emigrantchtchina

     

    Un petit texte que j'avais écris il y a plus de 2 ans et qui retrouve son actualité avec les derniers évènements de la cathédrale orthodoxe de Nice et l'achat par la Russie de l'ancien siège de Météo-France à Paris

     

     

     

    Emigrantchtchina

     

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     (Riznitsa de l'église de Vladimir Smolensky. Paroisse de la Pésentation de la Vierge au Temple, rue Olivier de Serres à Paris.)

     

     

     

    Emigrantchtchina

     

     

    Une ampoule nue éclaire la cuisinière à gaz, elle est accrochée à un fil torsadé trop long, luisant de graisse de cuisine. La lumière est tamisée par un dépôt gras et collant. Quelques bouteilles étoilées de vin du Rocher encombrent l'étroit espace entre la table et le mur, sur l'étagère parmi les pots et les piles de journaux, un œuf rouge duveté de poussière et un moule à paskha en bois marqué d'une croix orthodoxe se tiennent compagnie.

    En sortant de la cuisine il faut se déplacer avec précaution pour arriver à la chambre, longer un couloir dont les murs sont couverts par un assemblage d'étagères disparates, disposées les unes sur les autres au fur et à mesure des besoins. La porte ne s'ouvre pas complètement, elle est bloquée par une multitude de sacs accrochés et une pile de Figaro plaqués contre le mur. Un caddy écossais aux roues rafistolées surmonte le tout.

    Le silence de la rue Lacretelle accentue le malaise. La chambre se découvre comme une tombe cachée au fond d'une pyramide. Un amoncellement de livres recouvre tout l'espace autour d'un lit recouvert d'un tissu à fleurs de mauvais goût. Les gros dictionnaires soutiennent des planches curieusement penchées, des centaines de livres en rangées, en piles, en vrac semblent tous pencher dans le sens opposé pour rétablir un équilibre instable, quelques albums coincés droit entre deux planches retiennent des vagues des petits recueils de poésie écrasés par le poids de leurs voisins, les étagères du haut sont noyées de poussière, une neige grise uniforme et douce qui protège tout.

    Tout en bas, près de l'oreiller, un petit coin abrite les icônes, elles aussi sont blotties les unes contre les autres, une petite population de saints guerriers ou ascétiques entourent une icône de la Vierge. Un ange aux ailes rabattues comme un oiseau qui s'est posé trop vite occupe une place particulière, à ses pieds une petite coupelle d'huile verdâtre avec une mèche noircie, des petits cierges jaunes tordus et presque entièrement consumés, des branches de buis desséchées.

     Ici vivait un célèbre poète de l'émigration russe, Vladimir Smolensky, mort en 1961 et aujourd'hui oublié. Il travaillait dans une usine métallurgique, devint comptable, vécut dans la pauvreté.

     - «Je suis comptable chez un marchand de vin, autrement dit «je compte les bouteilles des autres!», disait il à Zinaïda Schakovskoy.

    Mon propos n'est pas de magnifier une fois de plus les « poètes maudits » mais d'essayer de dissiper un malaise tant de fois ressenti.

     Ce petit monde des émigrés russes fut le mien à Paris dans les années 60/70 avec ses paroisses, ses écoles russes, ses épiceries et ses associations. Leur Russie n'était plus réelle et leur vie était maintenant enracinée dans leurs pavillons de banlieue. Ce monde avait ses repères, Sainte Geneviève des bois et l'incongrue statue d'un éléphant blanc qui servait d'indicateur lorsque l'on arrivait de Paris, la Pensée russe pour sa rubrique nécrologique, l'épicier arménien que l'on disait « russe » par habitude, la librairie des Editeurs Réunis qui n'était pas « soviétique », et bien sûr « Daru », « Saint Serge »  « Olivier » ou « Exelmans ».

    Les enfants allaient aux camps de l'ACER ou des Vitiaz et hissaient les couleurs russes en criant «Pour la Russie et pour la foi !» sans imaginer un seul instant la réalité de ce pays si éloigné d'eux. Leur vie était ici, entre le feu de camp, l'orchestre de balalaïka et le sentiment d'être « à part » d'être russes comme on serait membre d'une société secrète ayant ses rites jalousement gardés, ses rivalités et son histoire. Et leur histoire est ancrée ici en France, bercée par des livres en russe qu'ils ne lisent pas, qui appartenaient à Baboulia qui ne les ouvrait plus ; sur sa table de nuit traînait un Simenon qu'elle ne terminait jamais. Les enfants accompagnaient leur grand-mère à l'église le Jeudi Saint, pour les 12 évangiles, il y avait toujours ce vieux cosaque qui arrivait en retard et qui parlait trop fort pour demander si on avait déjà lu le passage du « brigand ». Après, ils sortaient dans la rue portant une bougie allumée protégée par un verre en carton. Dans le wagon du métro, ils remarquaient d'autres enfants comme eux, des personnes âgées tenant un petit gobelet à la lumière tremblotante comme celle d'un lampion. Il fallait ramener la bougie à la maison sans qu'elle ne s'éteigne, un jeu autorisé une seule fois dans l'année !

     Les grands-parents parlaient assez peu de la Russie. Ils allaient aux réunions littéraires, religieuses ou politiques pour retrouver Anna Petvovna, ou Lioubotchka arrivée de Montauban. Ils gardaient leurs souvenirs pour eux mais publiaient parfois à compte d'auteur des mémoires tirés à 200 exemplaires et offerts le plus souvent à la même Lioubotchka et Anna Petrovna.

    Ils parlaient un russe aujourd'hui totalement oublié, émaillé d'expressions françaises, pour se renseigner sur le nombre de places qu'il restait dans la tombe de Boris Glebovitch à Sainte Geneviève des bois, ou sur la difficulté de trouver du fromage blanc bien sec pour la paskha.

    Ils ont vécu en oubliant un retour possible chez eux, comme une jeunesse que l'on ne retrouve jamais. Comme beaucoup de ceux qui ont traversé les profonds traumatismes de la guerre et de l'émigration, ils ont essayé de transmettre à leurs petits-enfants une certaine légèreté de la vie plutôt qu'un patriotisme pour un pays disparu. Chacun gardait sa Russie en lui qu'il retrouvait en lisant Bounine, Smolensky ou en visitant ses camarades de guerre.

     Aujourd'hui l'émigration russe est l'objet de colloques, d'études et de publications, la Russie retrouve son histoire passée et se réapproprie l'immense héritage artistique, littéraire laissé par ses émigrés. Les chercheurs font un travail extraordinaire, passionné et sincère, mais ils ne sont pas les seuls à se pencher sur cette question. Les médias officiels russes avec le soutien des autorités ont entrepris depuis quelques années de glorifier une émigration dont ils donnent une image  officielle  noyée dans un pathos patriotique et centrée sur le thème de la « réconciliation ». Une armée blanche mythifiée, des transferts de tombes en grande pompe, des séries télévisées, rien n'est négligé pour affirmer que cette émigration est avant tout russe et que seule la Russie a la légitimité de la représenter. Rémizov, Bounine, Dénikine, Koltchak, Wrangel, Rachmaninoff sont récupérés sans états d'âme, mais parmi eux on ne retrouve jamais le père Igor trainant son caddy à provisions en remontant la rue Lacretelle, se dépêchant de rentrer à temps pour le match de foot.

     C'est ici, en France qu'il faut construire une histoire des émigrés russes, sauvegarder le souvenir de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont créé. Longtemps nous avons parlé de « conservation » par les émigrés d'une Russie dévastée par la révolution, il est temps de parler de l'immense richesse apportée à la France par ce petit peuple. Il est temps de préserver leur mémoire à eux où la rue Lacretelle, les usines Renault où ils ont travaillé, les églises construites dans des garages auraient une petite place, bien loin de la Place Rouge.

     En 2017 la Russie va « commémorer » l'anniversaire de la révolution. Cette date n'est pas si lointaine maintenant. Nous allons de nouveau assister à la glorification de cette Russie unie parlant à l'unisson de New-York à Magadan en passant par Paris, Prague ou Berlin !

    Des « représentants » triés sur le volet pour leur amour de la mère patrie vont se rendre à Moscou les valises pleines d'archives qu'ils offriront devant les caméras à des représentants du ministère de la culture avant de se rendre à une réception, recevoir une médaille et rencontrer M. Poutine en personne.

     Ce petit texte, certes un peu confus, n'est pas polémique, il est simplement le reflet d'une grande tendresse et profonde tristesse pour un monde qui disparait à mille lieues des fastes du Kremlin.

     Dépêchons nous de sauvegarder, ici en France, ce qui reste de nos souvenirs d'enfance, de préserver les traces de tous les père Igor, Lioubotchka ou Boris Glebovitch. Travaillons avec les chercheurs russes, malgré parfois la désagréable impression de voir la vie de nos familles observée comme insecte sous la loupe. Unissons nos efforts pour préserver ici tout ce qui peut l'être encore.

     Ici en France personne ne le fera à notre place.

    A.E

     

     

     

     

     

     

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    Lisez ici sur le même thème un très beau texte de Charlotte Waligora

     

     

     

  • Вечная память Наташа.

    Natalia Gorbanevskaya, poétesse russe, militante des droits de l'homme, journaliste, traductrice.

    Dans la cour de la maison de l'ACER à Paris, fumant sa cigarette après la liturgie. (Photo prise en 2010)

     

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  • Les fresques du père Grégoire Krug du skite de Moisenay doivent être restaurées

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    Appel transmis par Emilie van Taack, iconographe orthodoxe,  élève de Léonide Ouspensky :

     

    "Sans votre soutien, les fresques du père Grégoire Krug risquent d'être irrémédiablement détériorées ! Contribuez à conserver ce trésor de l’Emigration Russe en France "

     

     

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    Contact, père Ambroise :   

    anicoviotis@aol.com
    Envoyez vos dons sur le compte : Skite Notre Dame de Kazan, Moisenay, France.
    Skite Notre Dame de Kazan
    CREDIT AGRICOLE NORMANDIE
    IBAN : FR76 1660 6000 4300 1555 2985 036
    SWIFT : AGRIFRPP866

     

    Le site du skite de Moisenay

     

    Adresse :

    Skite de Moisenay
    Route D 126 - 2, Chemin du moulin de la Roue
    77950 Moisenay-le-Grand

     

     

     

  • Cathédrale Saint-Alexandre Nevsky

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    Introduction du catalogue écrite dans un style pompeux et sans réel intérêt mais qui a le mérite de citer les noms des peintres exposés!

    Parmi les oeuves proposées à la vente certains tableaux méritent toute notre attention tels que ceux d'Ivan Sollogoub, Nicolas Dronnikov, Serguei Chepik ou Katia Zoubtchenko. A noter un très beau tableau d'Hélène Repnine.

    Lien pour lire le catalogue

    "Tout d'abord -quelques noms.

    Renat Animaev, Alexandre Barbera-Ivanoff,Alexis Begov, Antoine Breslavtzev, William Brui, Oleg Burov-Gondilov, Serguei Chepik, Gueorguy Chichkine, Nicolas Dronnikov, Gabriel Juon-Ergyn, Irina Goretski, Serguei Khodorovitch, Boris Lejeune, Galina Makhroff, Volodia Popov-Masyagin, Anatoly Poutiline, Oscar Rabine, Hélène Repnine, Ivan Sollogoub, Slava Saveliev, Vladimir Tchernychev, Nicolas Tikhobrazoff, Serguei Toutounov, Youri Vichnievsky, Vitaly Zelenko, Katia Zoubtchenko, Nicolas Zykov.

    Ces 28 artistes russes nés en France ou arrivés ici en raison de diverses circonstances, peignent, sculptent ou dessinent chacun à leur manière. Ce n'est donc pas un style commun qui les unit aujourd'hui, mais leur volonté de participer à la célébration du 150e anniversaire de la consécration de la cathédrale Saint Alexandre Nevsky. Cette exposition, ce catalogue d'exposition que le lecteur tient dans ses mains et la vente aux enchères qui suivra l'exposition - sont une action de bienfaisance.

    Nous ne pouvons pas dire que l'église s'est détériorée ou est tombée en ruine, pas du tout. Elle reste debout, aussi majestueuse qu'à la fin de sa construction, mais un siècle et demi plus tard, comme pour toute construction de cet âge, il est nécessaire de faire quelques restaurations. C'est à cette cause que sera destiné le produit de la vente aux enchères des oeuvres généreusement créées et offertes par les artistes cités ci-dessus.

    Les ventes de charité sont une vielle tradition. Dans l'émigration russe, elles ne font pas exception. Lorsqu'après la révolution de 1917 la France accueillit un très grand nombre de réfugiés russes, ces ventes furent fréquentes et de nombreux artistes russes y participaient à l'époque :

    Constantin Korovine, Ivan Bilibine, Alexandre Yakovlev, Mstislav Dobuzhinsky et bien d'autres.

    En un siècle et demi d'existence, la cathédrale a rempli dignement sa mission. Dans ses murs s'est mené un travail pastoral considérable, elle a rassemblé les émigrés russes éloignés malgré eux de leur pays, mais également beaucoup d'autres orthodoxes. Dans cette cathédrale, des centaines e personnes célèbres ou non ont été baptisées, mariées, ou accompagnées dans leur dernière demeure et les meilleurs pasteurs y ont célébré et célèbrent encore."

  • Des liasses de billets de banque dans les affaires de la grand-mère !

     

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    Des liasses de billets de banque dans les affaires de la grand-mère !

     

    Coupures de l’époque de Nicolas II, du gouvernement provisoire puis des armées du sud, elles furent conservées précieusement tout au long de l’exil de Constantinople à Prague ou Paris.

     

    Monnaie de singe ayant fait rêver plusieurs générations d’enfants de l’émigration qui ont cru découvrir un trésor oublié au fond d’un tiroir. Ces billets trainaient dans les cartons de nombreuses familles émigrées russes, personne de savait trop quoi en faire. Ils ne valaient rien, il était difficile de les considérer comme un souvenir d’une époque révolue, ils faisaient un peu honte. Honte de les avoir possédé ou emporté, d’avoir cru pouvoir les monnayer une fois arrivé au bout de l’exil, de les avoir conservé. Contrairement aux livres, aux photos, aux icônes, ils furent relégués dans les recoins sombres de la chambre de grand-mère et devinrent un trésor réservé aux seuls enfants !

     

     

  • Exposition de Nicolaï Dronnikov à Paris

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    Nicolas Dronnikov aux Puces de Vanves

     

    Derniers jours !!

    Exposition du 7 au 29 avril  2011

    NIKOLAI  DRONNIKOV

    A l’Espace Scipion
    13 rue Scipion 75005
    Metro Gobelins