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Emigrantchtchina

 

Un petit texte que j'avais écris il y a plus de 2 ans et qui retrouve son actualité avec les derniers évènements de la cathédrale orthodoxe de Nice et l'achat par la Russie de l'ancien siège de Météo-France à Paris

 

 

 

Emigrantchtchina

 

Eglise mai 2008 014.jpg

 (Riznitsa de l'église de Vladimir Smolensky. Paroisse de la Pésentation de la Vierge au Temple, rue Olivier de Serres à Paris.)

 

 

 

Emigrantchtchina

 

 

Une ampoule nue éclaire la cuisinière à gaz, elle est accrochée à un fil torsadé trop long, luisant de graisse de cuisine. La lumière est tamisée par un dépôt gras et collant. Quelques bouteilles étoilées de vin du Rocher encombrent l'étroit espace entre la table et le mur, sur l'étagère parmi les pots et les piles de journaux, un œuf rouge duveté de poussière et un moule à paskha en bois marqué d'une croix orthodoxe se tiennent compagnie.

En sortant de la cuisine il faut se déplacer avec précaution pour arriver à la chambre, longer un couloir dont les murs sont couverts par un assemblage d'étagères disparates, disposées les unes sur les autres au fur et à mesure des besoins. La porte ne s'ouvre pas complètement, elle est bloquée par une multitude de sacs accrochés et une pile de Figaro plaqués contre le mur. Un caddy écossais aux roues rafistolées surmonte le tout.

Le silence de la rue Lacretelle accentue le malaise. La chambre se découvre comme une tombe cachée au fond d'une pyramide. Un amoncellement de livres recouvre tout l'espace autour d'un lit recouvert d'un tissu à fleurs de mauvais goût. Les gros dictionnaires soutiennent des planches curieusement penchées, des centaines de livres en rangées, en piles, en vrac semblent tous pencher dans le sens opposé pour rétablir un équilibre instable, quelques albums coincés droit entre deux planches retiennent des vagues des petits recueils de poésie écrasés par le poids de leurs voisins, les étagères du haut sont noyées de poussière, une neige grise uniforme et douce qui protège tout.

Tout en bas, près de l'oreiller, un petit coin abrite les icônes, elles aussi sont blotties les unes contre les autres, une petite population de saints guerriers ou ascétiques entourent une icône de la Vierge. Un ange aux ailes rabattues comme un oiseau qui s'est posé trop vite occupe une place particulière, à ses pieds une petite coupelle d'huile verdâtre avec une mèche noircie, des petits cierges jaunes tordus et presque entièrement consumés, des branches de buis desséchées.

 Ici vivait un célèbre poète de l'émigration russe, Vladimir Smolensky, mort en 1961 et aujourd'hui oublié. Il travaillait dans une usine métallurgique, devint comptable, vécut dans la pauvreté.

 - «Je suis comptable chez un marchand de vin, autrement dit «je compte les bouteilles des autres!», disait il à Zinaïda Schakovskoy.

Mon propos n'est pas de magnifier une fois de plus les « poètes maudits » mais d'essayer de dissiper un malaise tant de fois ressenti.

 Ce petit monde des émigrés russes fut le mien à Paris dans les années 60/70 avec ses paroisses, ses écoles russes, ses épiceries et ses associations. Leur Russie n'était plus réelle et leur vie était maintenant enracinée dans leurs pavillons de banlieue. Ce monde avait ses repères, Sainte Geneviève des bois et l'incongrue statue d'un éléphant blanc qui servait d'indicateur lorsque l'on arrivait de Paris, la Pensée russe pour sa rubrique nécrologique, l'épicier arménien que l'on disait « russe » par habitude, la librairie des Editeurs Réunis qui n'était pas « soviétique », et bien sûr « Daru », « Saint Serge »  « Olivier » ou « Exelmans ».

Les enfants allaient aux camps de l'ACER ou des Vitiaz et hissaient les couleurs russes en criant «Pour la Russie et pour la foi !» sans imaginer un seul instant la réalité de ce pays si éloigné d'eux. Leur vie était ici, entre le feu de camp, l'orchestre de balalaïka et le sentiment d'être « à part » d'être russes comme on serait membre d'une société secrète ayant ses rites jalousement gardés, ses rivalités et son histoire. Et leur histoire est ancrée ici en France, bercée par des livres en russe qu'ils ne lisent pas, qui appartenaient à Baboulia qui ne les ouvrait plus ; sur sa table de nuit traînait un Simenon qu'elle ne terminait jamais. Les enfants accompagnaient leur grand-mère à l'église le Jeudi Saint, pour les 12 évangiles, il y avait toujours ce vieux cosaque qui arrivait en retard et qui parlait trop fort pour demander si on avait déjà lu le passage du « brigand ». Après, ils sortaient dans la rue portant une bougie allumée protégée par un verre en carton. Dans le wagon du métro, ils remarquaient d'autres enfants comme eux, des personnes âgées tenant un petit gobelet à la lumière tremblotante comme celle d'un lampion. Il fallait ramener la bougie à la maison sans qu'elle ne s'éteigne, un jeu autorisé une seule fois dans l'année !

 Les grands-parents parlaient assez peu de la Russie. Ils allaient aux réunions littéraires, religieuses ou politiques pour retrouver Anna Petvovna, ou Lioubotchka arrivée de Montauban. Ils gardaient leurs souvenirs pour eux mais publiaient parfois à compte d'auteur des mémoires tirés à 200 exemplaires et offerts le plus souvent à la même Lioubotchka et Anna Petrovna.

Ils parlaient un russe aujourd'hui totalement oublié, émaillé d'expressions françaises, pour se renseigner sur le nombre de places qu'il restait dans la tombe de Boris Glebovitch à Sainte Geneviève des bois, ou sur la difficulté de trouver du fromage blanc bien sec pour la paskha.

Ils ont vécu en oubliant un retour possible chez eux, comme une jeunesse que l'on ne retrouve jamais. Comme beaucoup de ceux qui ont traversé les profonds traumatismes de la guerre et de l'émigration, ils ont essayé de transmettre à leurs petits-enfants une certaine légèreté de la vie plutôt qu'un patriotisme pour un pays disparu. Chacun gardait sa Russie en lui qu'il retrouvait en lisant Bounine, Smolensky ou en visitant ses camarades de guerre.

 Aujourd'hui l'émigration russe est l'objet de colloques, d'études et de publications, la Russie retrouve son histoire passée et se réapproprie l'immense héritage artistique, littéraire laissé par ses émigrés. Les chercheurs font un travail extraordinaire, passionné et sincère, mais ils ne sont pas les seuls à se pencher sur cette question. Les médias officiels russes avec le soutien des autorités ont entrepris depuis quelques années de glorifier une émigration dont ils donnent une image  officielle  noyée dans un pathos patriotique et centrée sur le thème de la « réconciliation ». Une armée blanche mythifiée, des transferts de tombes en grande pompe, des séries télévisées, rien n'est négligé pour affirmer que cette émigration est avant tout russe et que seule la Russie a la légitimité de la représenter. Rémizov, Bounine, Dénikine, Koltchak, Wrangel, Rachmaninoff sont récupérés sans états d'âme, mais parmi eux on ne retrouve jamais le père Igor trainant son caddy à provisions en remontant la rue Lacretelle, se dépêchant de rentrer à temps pour le match de foot.

 C'est ici, en France qu'il faut construire une histoire des émigrés russes, sauvegarder le souvenir de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont créé. Longtemps nous avons parlé de « conservation » par les émigrés d'une Russie dévastée par la révolution, il est temps de parler de l'immense richesse apportée à la France par ce petit peuple. Il est temps de préserver leur mémoire à eux où la rue Lacretelle, les usines Renault où ils ont travaillé, les églises construites dans des garages auraient une petite place, bien loin de la Place Rouge.

 En 2017 la Russie va « commémorer » l'anniversaire de la révolution. Cette date n'est pas si lointaine maintenant. Nous allons de nouveau assister à la glorification de cette Russie unie parlant à l'unisson de New-York à Magadan en passant par Paris, Prague ou Berlin !

Des « représentants » triés sur le volet pour leur amour de la mère patrie vont se rendre à Moscou les valises pleines d'archives qu'ils offriront devant les caméras à des représentants du ministère de la culture avant de se rendre à une réception, recevoir une médaille et rencontrer M. Poutine en personne.

 Ce petit texte, certes un peu confus, n'est pas polémique, il est simplement le reflet d'une grande tendresse et profonde tristesse pour un monde qui disparait à mille lieues des fastes du Kremlin.

 Dépêchons nous de sauvegarder, ici en France, ce qui reste de nos souvenirs d'enfance, de préserver les traces de tous les père Igor, Lioubotchka ou Boris Glebovitch. Travaillons avec les chercheurs russes, malgré parfois la désagréable impression de voir la vie de nos familles observée comme insecte sous la loupe. Unissons nos efforts pour préserver ici tout ce qui peut l'être encore.

 Ici en France personne ne le fera à notre place.

A.E

 

 

 

 

 

 

Ste Genevieve des bois 001 (2).jpg

 

 

 

Lisez ici sur le même thème un très beau texte de Charlotte Waligora

 

 

 

Commentaires

  • Merci pour votre très beau texte, émouvant... j'y ai trouvé à chaque ligne un souvenir d'enfance.

  • Belge de naissance, fils d'Hélène Nicolaïevna Obolensky (+ 1996) et ayant pas mal étudié l'histoire de l'émigration russe au travers de celle de mes grands-parents, je suis profondément ému par un texte aussi poignant, criant de vérité dans sa simplicité, très éloigné des ors du Kremlin qui tente aujourd'hui de se réapproprier un passé qu'il a rejeté avec brutalité en 1917 ...
    MERCI ! Nicolas d'Ydewalle

  • Vous parler du père Igor Vernik, je crois, et de chekhovskaïa, le père Vernik a baptisé ma fille, je me souviens également de Zinaïda Schakovskaïa, et puis de tant d'autres, de mes grand’ parents, de mes tantes, de toute cette immigration qui défilait chez mes parents. Vous, vous vivez dans la nostalgie de cette émigration, eux vivaient assis sur leurs valises, de la nostalgie de leur Russie.
    Je me souviens de mes grand parents, de mes tantes, qui parlaient de l'odeur des lilas qui, bien sure, était incomparable en Russie !
    Je crois profondément que pour leur rendre hommage, il faut accepter & aimer la Russie actuelle. Ils souffraient de ne pouvoir toucher, embrasser la terre Russes, Ils vivaient en même temps que les Russes de Russie leurs souffrances, qu'elles soient dues au régime soviétique, ou dues à l'oppresseur nazi.
    Il faut remercier et rendre grâce à Dieu que les dirigeants actuels de la Russie aident leur peuple à restituer la mémoire de leurs ancêtres. Que l'on ai été dans l'immigration, ou que l’on soit resté en Russie, que nos pères aient été "rouges' ou "blancs" ou tout simplement pour rien, ballotés au gré de l'histoire. Là où ils sont, je voudrais croire qu'il pleurent de joie de voire leurs enfants retrouver leur terre, retrouver son Histoire, et de nouveau se tendre la main pour ne former qu'un seul peuple possédé par l’âme de la terre russe.
    Quand à l'Occident hypocrite; ce bout d'Europe prétentieux et tellement sure de sa prétendue supériorité, il n'a jamais aimé la Russie, sauf dans son malheur pour mieux se l'approprier, mieux la piller. les fausses promesses de cet occident, d'aider la Russie que cela soit vis à vis des armées blanches qu'il a trahi, que cela soit envers la Russie des années 90 qu'il a piller et faillit dépecer, et ce, malgré ses promesses ; Oublions-le! Ce fut une parenthèse de souffrance infligé à l'immigration Russe.

    Il me semble servir la mémoire de toute cette immigration précipité vers ce qu'on appelle en russe « чужбина - tchuzhbina - l'Etranger » et qui, ci elle voyait la Russie maintenant libre, plus libre que cet occident dogmatique, et donc, bien sur, avec ses contradictions, pleurerait de joie, de bonheur et de tristesse de n’avoir pas pu revoir leur terre aimée lorsqu’elle, cette imigration, était encore de ce monde.
    C'est à travers leurs yeux que je vois la Russie, ma Russie, celle des miens maintenant disparus. Je remercierai toujours en leurs noms, ceux qui ont su prendre à bras le corp cette terre et son peuple pour lui rendre cohérence et mémoire, la récussiter.

  • Beau texte, Sacha, je ne te savais pas aussi écrivain. Et je suis en tout point d'accord avec ta conclusion, avec ce que tu prédis. Il faut s'attendre toujours au pire, et ici, le pire est quasiment certain. Seule la poésie peut sauver ce qui reste d'humanité, et quels qu'ils fussent, ces gens-là, de la poésie, ils en avaient à... ne pas revendre, puisque cela ne saurait se vendre. J'en ai connu peu, mais ceux que j'ai connus ont éclairé mes jours pour une vie entière. Ils respiraient à peine, il y avait en eux fierté et modestie, insignifiance et grandeur, leur âme était comme la lumière tremblante que tu décris si bien, et pourtant ils portaient en eux le souffle du monde, la respiration du temps.
    Amitiés,
    Régis Gayraud

  • Bonjour, Добрый день,

    Je vous remercie très vivement pour la Newsletter que vous avez l'obligeance de m'adresser;

    Je la trouve d'un très grand intérêt et très émouvante partageant moi-même certains des souvenirs
    évoqués, (l'église dans le garage rue Boileau, le magasin russe rue Emile Zola, 15e, les pirojkis
    chauds, à Asnières chez "борода" qui faisait toujours crédit ! etc...

    Un grand merci pour votre travail de mémoire,

    T. K (ancienne élève du Gymnase russe, Bd d'Auteuil)

  • Je fais les recherches sur les Russes sur la Côte d'Azur. S'il vous plaît, comment contacter à Katia Gortchakoff?

  • Chère Madame Struve ,

    Ne vilipendez pas trop l'Occident qui a malgré tout servi de lieu de refuge et de paix à des émigrés pourchassés par la terreur soviétique .
    Que voulez -vous le monde russe est une terre lointaine,
    inconnue, qui fait peur par la brutalité qui, de tous temps, s'y est déchaînée . Il n'est pas exact de dire que l'Occident n'a pas chercher à aider la contre- révolution puisque la France et la Grande Bretagne ont envoyé un corps expéditionnaire important pour soutenir les armées blanches .
    Dire que l'Occident a voulu piller la Russie dans les années 90 est une vue partiale des choses : le déréglement est venu de l'intérieur , car ceux qui avaient le pouvoir économique ont voulu s'enrichir le plus rapidement possible
    au détriment de la population : là est la cause de l'effondrement économique qu'a connue la Russie au moment de la Perestroika . Les occidentaux , c'est à dire les états et les firmes occidentales, n'ont en aucune sorte
    fait main basse sur les actifs et les richesses russes comme vous l'affirmez; en tout cas, s'ils en caressaient le désir ,ils n'y sont pas parvenus . Reste à savoir , si les décisionaires russes auraient pu être mieux conseillés et procéder autrement :
    c'est très difficile à dire , car le changement devait se faire
    et une voie progressive aurait pris des décennies .
    Vous en revenez en quelque sorte au " GniloÏ Zapad " que vous opposez à une Russie immaculée et fondamentalement intègre , c'est bien manichéen et nationaliste .
    Je suis pour ma part pour une Europe qui irait de Brest (en Bretagne) jusqu'à Vladivostok , car plus que les Turcs , les Russes sont des Européens, de par une histoire et une culture commune .
    Bien respectueusement à Vous
    Rémy Clauvel

  • Je voudrais dire mon émotion tant
    à la lecture du texte signé A.E. qu' à la lecture du texte de Charlotte Waligora, évoquant un passé qui, peu à peu, se perd dans le brouillard du temps . Il faut tout faire , c'est bien clair, pour préserver cette mémoire, en empêchant en particulier que Moscou ne se l'approprie entièrement .

    J'habite depuis plus de trente ans dans le bas du XVème, à quelques archines de l'église de la Présentation de la T.S. Vierge au Temple . A cette époque , il était encore possible de s'approvisioner dans une épicerie de la rue de la Croix Nivert tenue par un vieux monsieur à barbe blanche , très respectable . Sur la vitrine de son magasin, des lettres en céramique blanche annonçaient :" здесь говорят по - русски " . Les kiosques, alentour, vendaient " La Pensée Russe ", qu'ils affichaient , avec d'autres journaux, suspendue à l'aide de pinces à linge à des ficelles encerclant les parois externes de leurs tentes de toile cirée, d'un beau vert-émeraude . Des soeurs chaudement enveloppées dans de grands châles de laine
    descendaient le boulevard Lefebvre . Un immeuble entier , rue Olivier de Serres, abritait de vieilles personnes parlant un russe très sonore et chantant .

    D'une certaine façon, j'ai l'avantage d'appartenir à l'émigration russe, à l'émigration juive-russe : ma grand-mère Braïna / Maroussia Bogouslavski de confession иудейская, comme l'atteste son аттестат, étant venue avant la Première guerre mondiale faire ses études de médecine à Montpellier Elle avait passé son enfance à Otchakov, ville sur les bords de la Mer Noire , au passé prestigieux depuis 1788 , date où elle fut reprise aux Turcs par le général Souvorov . Elle avait fait ses études secondaires à Odessa, au Lycée pour jeunes filles dirigée par la très sévère Madame E.S.Pachkovskaya
    ( aujourd'hui école secondaire n° 119 ) . Ses parents appartenaient à la bonne bourgeoisie : son père, négociant en céréales , faisait partie de la 1ère Guilde des marchands : c'est ainsi qu'ils purent lui offrir ainsi qu'à ses cinq frères et soeurs une très bonne éducation .
    Lorsque la révolution éclata , l'ensemble de cette famille émigra . A l'exception de mon aïeul, qui mourut lors du voyage , ils parvinrent en France , mais seul le frère de ma grand-mère Boris s'adapta parfaitement à ses nouvelles conditions de vie . Avec Anna, son épouse, ils fondèrent un très bon restaurant " la Maisonnette de Passy "dont la cuisine égalait celle de" Dominique ", ou celle de la cantine du Conservatoire Rachmaninoff. Ce restaurant, certains lecteurs de ce site ont dû le connaitre , il existait il y a moins de dix ans .
    Ma grand-mère garda tout au long de sa vie une très forte nostalgie pour le pays de sa jeunesse . Elle aimait à dire, d'une voix triste :" куда, куда удалились золотые дни моей весны ? " . Elle m'inculqua un goût très profond pour la culture russe , de là mon désir de voir le Musée Ivan Tourguéniev de Bougival poursuivre son existence .

    J'aurais bien d'autres choses à vous dire , mais cette communication ne saurait être trop prolixe . Je voudrais surtout que ceux qui défendent, à juste titre la constitution d'un Mémorial consacré à l'émigration venue de Russie n'oublient pas leurs compatriotes de confession ou d'origine juive , ils font partie du patrimoine culturel russe, aussi .

    Rémy Clauvel

  • Monsieur Clauvel, je m’excuse de vous répondre si tard,
    Lorsque vous parlez de la brutalité qui se serait déchainée de tout temps en Russie, vous reprenez à votre compte la propagande, que je ne nommerai pas occidentale, mais qui est propre à un certain occident qui s’était tue durant quelques décennies en raison de sa participation et soumission aux idées « nationales-socialistes » durant ce qu’on appelle si non chez tous les Russes, du moins en Fédération de Russie la « Grande Guerre Patriotique ». Bien sur les « medias » occidentaux non pas manquer de relever la « brutalité russe ou soviétique (Dans la fantasmagorie occidentale, ces deux réalités géopolitiques et culturelles se confondes) en rappelant au passage les dizaines de millions de morts soviétiques qui dans ces mêmes médias, sont mis encore une fois (!) sur le dos de la « bêtise, de la cruauté, de la brutalités » des peuples alors soviétiques et de ses dirigeants (avec ce sous-entendu qui est perçut comme méprisant par ceux qui l’emploient, de l’appartenance indubitable de ces peuples au dénominatif : « Asiate » J’avoue que je suis assez fière d’avoir dans mes vaines du « sang Asiate » c’est certainement lui qui me donne l’énergie pour vous répondre).
    Toute cette propagande préparatoire à l’extermination des peuples slaves d’orient, qu’utilisait le régime nazi et ceux qui collaborèrent avec lui, resurgie en occident avec une intensité incroyable depuis juin 2004, date à la quelle nombre de pays ayant été des alliés du nazisme allemand, si non des participant actif (et c’est un euphémisme !) de l’extermination des peuples d’Union-Soviétiques, on intégrés l’Union-Européenne, en en faisant une sorte d’héritière du III Reich.

    Oui, l'Occident a voulu piller la Russie durant les années 90 et le veut toujours. Il a pu le faire avec la collaboration intéressée de nombre de gens en Russie, avant que l’Etat Russe consolidé, n’y ai mis le holà à partir de l’an 2000. Lorsqu’un Etat s’effondre, où que cela soit dans le monde, il y a toujours des gens ainsi que d’autres Etats pour en profiter.

    Vous parlez du soutien de nos « alliés » occidentaux aux forces blanches durant la guerre civile. C’est en ignorant le double jeu mené par ceux-ci, qui, tout en infiltrant les milieux révolutionnaires, n’hésitèrent pas à trahir toutes les promesses faites aux armées blanche, donnant Koltchak et son armée aux forces rouges, promettant leur soutiens indéfectible aux forces blanches, mais disparaissant tel un mirage des que l’on avait besoin d’eux.

    Pour moi il n’y a pas d’un côté, comme vous le dites, un occident « gniloï » et à son opposée, une Russie immaculée. Tant l’Union-Européenne que la Fédération de Russie, outre le fait que ce sont des réalités géopolitiques, sont composées de personnes, donc d’âmes infiniment respectables. Par contre, il y a une politique récurrente d’aventurime à relants colonialiste (voire les guerres d’Irak, d’Afghanistan etc.) d’une certaine idéologie occidentale dont le nazisme et le bolchevisme (au sens de « la fin justifie les moyens) ne sont qu’une des formes apparues au XX° siècle. D’aucun disent que la « révolution » de 17, était la première « révolution de couleur ».

    Enfin je voudrai conclure en contestant l’opposition que vous sous-entendez entre Turques et Russes. La Russie est un melting-pot de cultures et de religions. La Russie s’est construite de la rencontre de Slaves, de Turques, de Mongoles, de Finnois et de tous ceux qui venant un jour en terre russe, y ont trouvés refuge, y sont restés et se sont assimilés par ce que ils s’y trouvaient bien. Tant l’Islam, le Bouddhisme, le Judaïsme que le Christianisme Orthodoxe, ont apportés leur pierre à l’édifice de la nation Russe. Bien sure, il y a la xénophobie, cette pathologie de ceux qui souffrent dans leur identité maltraité, mais cette pathologie et bien répartie à travers le monde, voyez, rien qu’en France, le débat sur « l’identité nationale » et cette haine véhiculer par les médias du monde occidental, vis-à-vis de l’Islam ; il y a 65 ans de cela c’était une autre religion/culture -le judaïsme - qui du subir cette haine, et on sait où cela a mené le monde.
    Cordialement.
    Sarah P. Struve

  • à Madame Sarah P. Struve :

    Madame ,

    J'ai pris connaissance de votre réponse et vous en remercie.

    Je n'ajouterai pas de commentaire sur le fond : à chacun, son point de vue, sa vérité .

    Votre réaction me rappelle le très beau poème d'Alexander
    Blok: скифы : миллионны вас , мы тмы и тмы ....

    Votre nationalisme est très entier : d'une certaine façon, cela me fait peur , car poussé à l'extrême, j'y décèle un certain danger : cf le nationalisme iranien . Je me rassérène toutefois en considérant qu'à l'heure actuelle , la Russie
    est gouvernée par des dirigeants mesurés et raisonnables, voire conciliants, quoiqu'en dise une bonne partie de la presse occidentale , même s'ils jouent un peu trop de la corde nationaliste à mon goût .

    Bien cordialement à vous.
    Rémy Clauvel

  • Heureusement que notre génération, passant la... cinquantaine, se décide à parler, à raconter... Merci Alexandre pour ta remarquable contribution et tous et toutes les autres... Pour ma part, je vais tâcher de me remémorer des détails et des noms depuis longtemps enfouis sous les événements plus connus, plus célèbres. Peut-être aurez-vous des photos pour illustrer mes récits ? Bien amicalement.
    Tatiana Pruzan.

  • Je n'ai pas encore tout lu mais je voudrais réagir à chaud.
    Le texte d'A.E. est très intéressant et très sympathique. Il appelle à une certaines prises de conscience. Très bien l'idée de créer ici un musée de l'émigration mais je trouve sa condamnation bien trop sévère de ceux qui craignant que ce projet ne se réalise pas juge plus utile et plus efficace de porter dans la Russie d'aujourd'hui les pièces qui se perdraient sinon.
    J'ai déjà réagi dans ce sens sur FB où j'ai pris connaissance du texte d'AE. D'ailleurs, je ne me souviens pas que ce texte ait été proposé sur le forum de l'ACER-MJO.

    Par ailleurs, si je trouve sévère sa condamnation et ses griefs contre l'Occident, j'aime bien la vision de la Russie qu'offre Sarah Struve. En peu en décalage avec cette partie de cette "émigration" (ou plus exactement sa descendance) qui, au nom de cette mouvance, plus exactement, tentant de se l'accaprer, refuse de comprendre que si nos pères dans l'émigrationont tant gardé cet espoir, tout au long de leur vie, ce n'est pas pour la seule nostalgie de la Russie mais justement pour transmettre le jour venu (celui de la libération du joug du communisme) cette part de la Russie qu'ils ont toute leur vie préservé.

  • Ces récits m'ont fait revivre toute mon enfance,vie similaire en Belgique.C'est d'un grand intérèt-.Je suis très émue.Merci

  • Bien lus vos textes , avec un grand fond de regrets , très tristes ,-- Nos parents nous ont élevées dans leur espoir , leur nostalgie ,de pouvoir un jour revoir leur lieu et pays de naissance , ,, mais,,,cela n'a pu se réaliser malheureusement !!... Ceci est triste à penser , même à présent, ...

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