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  • Exposition de dessins du Prince Félix Youssoupoff

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    Lʼexposition de dessins du Prince Félix Youssoupoff se tient actuellement

     

    A la Galerie L'Arc en Seine

    31 Rue de Seine

    75006 Paris - France

    Tel. 00 33 1 43 29 11 02

    Fax. 00 33 1 43 29 97 66

     

    L'exposition sera prolongée jusqu'à la fin du mois de juin

    Les horaires de la galerie sont les suivants :

    Mardi au Samedi de 11H à 13H et de 14H à 19H.

     

    Né en 1887, le Prince Félix Youssoupoff est le second fils de la Princesse

    Zinaida Youssoupoff et du Comte Soumarokoff-Elston, famille de la noblesse russe réputée « plus riche que le Tsar lui-même ».

    Avec son frère Nicolas, il vit une jeunesse dorée, élevé dans un luxe extraordinaire.

    Doté d’une remarquable intelligence et d’une sensibilité artistique reconnue, Félix, particulièrement extraverti, se plait aussi à mener une vie scandaleuse, s’amusant à se travestir en femme ou à errer dans Saint-Petersbourg déguisé en mendiant.

    La mort de Nicolas au cours d’un duel affecte douloureusement Félix qui trouve auprès du Grand Duc Dimitri Pavlovich un ami dévoué. Il décide alors de partir étudier à l’Université d’Oxford dont il sortira diplômé trois ans plus tard, non sans avoir charmé la cour britannique…d’aucuns diront qu’il « était un des plus beaux hommes d’Europe ».

    De retour en Russie, il parvient, après quelques intrigues, à épouser en Février

    1914, la Princesse Irina Alexandrovna, la nièce du Tsar Nicolas II.

    Lui qui passa sa jeunesse à scandaliser la cour impériale, à offenser ses parents par ses réactions imprévisibles, à profiter de sa beauté et de sa richesse, ne peut supporter la faiblesse de l’Empereur et la ruine vers laquelle s’oriente la monarchie.

     

    La Tsarine, convertie à la religion orthodoxe, plonge dans un mysticisme exacerbé et met toute sa confiance en Raspoutine, un paysan errant, prédicateur et guérisseur, introduit à la Cour dès la fin de l’année 1905.

    Tandis que la Grande Duchesse Elizabeth ne voit dans le « Staretz » qu’ « un imposteur et un suppôt de Satan », la Tsarine, sa soeur, persuadée qu’il est le protecteur de la vie et de la santé de son unique fils atteint d’hémophilie, lui ouvre les portes de la résidence impériale avant de remettre entre ses mains le destin de toutes les Russies.

    En 1916, Félix, aidé du Grand Duc Dimitri et du chef du parti monarchiste à la Douma, Pourichkevitch, décide d’assassiner Raspoutine.

    Afin de l’attirer sans méfiance dans son palais de la Moïka, le Prince se lie avec

    Raspoutine qu’il rencontre à plusieurs reprises avant cette nuit fatale du 29 au 30

    Décembre 1916.

    Ni le cyanure, ni les balles aux impacts pourtant mortels, ne suffirent à tuer le  Staretz , qui fut finalement jeté dans la Neva gelée où il mourut sans doute noyé. L’Impératrice diligenta une enquête qui n’aboutit qu’à l’exil du Prince

    Youssoupoff et du Grand Duc Dimitri.

    Et tandis que la mort de Raspoutine devait libérer la Russie, c’est au contraire sa fin qui est précipitée.

    La Révolution bolchevique, le meurtre de la famille impériale, l’exil et la perte de toutes ses possessions (à l’exception de rares joyaux, comme l’extraordinaire

    « Etoile Polaire » et la célèbre perle « Peregrina ») n’entame pas la volonté de

    Félix d’aider ses compatriotes et il n’aura de cesse d’assister les réfugiés russes tout au long de sa vie.

    En 1924, il crée une maison de couture, IRFÉ (contraction des prénoms

    Irina et Félix) qui connaît un très grand succès, mais ne résistera cependant pas à la crise des années 30.

    Bien qu’il assumât toujours le meurtre de Raspoutine et qu’il continuât à mener une vie mondaine, ponctuée d’événements rocambolesques, tristes ou bien heureux, le Prince Youssoupoff restera toute sa vie hanté par cet assassinat.

    C’est en Corse, en 1929, qu’il se met à dessiner, peut-être sous l’influence des incessants cauchemars qu’il fit toute sa vie, et de raconter lui-même dans son livre En exil :

    « Je fus pris à cette époque d’une envie irrésistible de dessiner. Jusque-là, c’était Irina qui dessinait avec beaucoup de talent et d’imagination des figures de songe : visages aux yeux immenses, aux regards étranges, qui semblaient appartenir à un monde inconnu.

    C’est sans doute sous l’influence des dessins de ma femme que je commençai les miens. Je m’y adonnai avec acharnement, rivé à ma table comme par un sortilège. Mais ce que je voyais naître sous mon crayon, c’étaient plutôt des

    visions de cauchemar que des créatures de rêve. Moi qui n’aimais que la beauté sous toutes ses formes, je ne pouvais créer que des monstres ! On eût dit qu’un pouvoir maléfique, caché en moi, cherchait à s’exprimer et guidait ma main. Mon travail s’accomplissait, en quelque sorte, en dehors de moi. Je ne savais pas ce que j’allais faire, mais c’était toujours des êtres difformes ou grotesques, parents de ceux qui hantaient l’imagination de certains sculpteurs ou imagiers du Moyen Age.

    Je cessai de dessiner, un jour, aussi brusquement que j’avais commencé.

    Ma dernière oeuvre aurait pu représenter Satan en personne. Tous les professionnels à qui j’ai montré ces bizarreries se sont étonnés d’une technique qui normalement ne peut s’obtenir qu’après des années d’études. Je n’avais pourtant jamais tenu un crayon ou un pinceau avant cette période de production frénétique, et depuis qu’elle s’est terminée, non seulement j’en ai perdu le goût et l’envie, mais, le fallût-il pour sauver ma vie, je serais incapable d’en refaire autant».

    Ces sept grotesques faisaient partie d’un ensemble de quinze accrochées autrefois aux murs de la salle à manger de la petite maison qu’occupaient Félix et Irina à Paris.

    Dessinée à l’encre de Chine et aquarellée, chaque oeuvre semble emprunte d’une étrangeté qui ajoute à leur mystère…Qui représente-t-elle, que signifient ces yeux immenses ouverts sur un monde qui est peut-être le nôtre et nous observent si bizarrement… ? Peut-être ce regard hypnotique rappelle-t-il celui non moins fameux de Raspoutine… ?

    Félix écrit de lui : « (…) Son regard était perçant et lourd à la fois. Son sourire doucereux frappait presque autant que son affreux regard. Quelque chose d’abject  filtrait à travers son masque vertueux, il paraissait méchant, rusé et sensuel ».

     

    La dernière oeuvre réalisée par le Prince Youssoupoff et intitulée tardivement « Le Diable » (malheureusement absente de l’exposition) suffit à elle seule à faire naître en chacun le trouble, comme si, dans un ultime coup de pinceau, il était parvenu à exorciser l’image de celui qui entraîna la fin d’un monde, la fin de son monde.

    Comme une parenthèse cathartique, cet élan créateur ne se renouvela jamais et Félix Youssoupoff poursuivit sa vie de Prince emblématique, généreux et amoureux de la vie.

    Et s’il écrit : « Nos souvenirs sont faits d’ombre et de lumière. Dans l’extrême diversité de ceux que peut nous laisser une vie mouvementée, il en est de tristes et de joyeux, de tragiques et de charmants. Il en est de délicieux ; d’autres si affreux qu’on voudrait n’avoir jamais à les évoquer ». (En exil)

    Au seuil de la mort en 1967, il aura ces mots merveilleux : « Je suis reconnaissant pour tout et tous les jours de ma vie ».

     

    le Prince Youssoupoff est enterré au cimetière russe de Sainte Geneviève des Bois.

     

    Texte transmis par Charlotte Waligora