21 septembre 2009

Colloque international à Strasbourg

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Du 30 septembre 2009 au 2 octobre 2009, Université de Strasbourg
Figures de l'émigré russe en France au XIXe et XXe siècle. Fiction et réalité

Colloque international


du 30 septembre au 2 octobre 2009 Université de Strasbourg bâtiment Le Portique, salle 409

Groupe de recherches « Europe des Lettres », dans le cadre de l'équipe d'accueil Configurations littéraires (EA 1337)



Programme


Mercredi 30 septembre


à partir de 8:45 h accueil des participants

9:00h ouverture officielle du colloque


9:30h S. Philonenko / T. Victoroff / Ch. Krauss: présentation de la problématique


I. L'émigration russe en France : multiples visages

10:00h – 11:00h (président de séance : Pierre Hartmann)

Nikita Struve (Université Paris 10) : Les trois vagues de l'émigration russe consécutives à la révolution (1918-1988)

Dominique Desanti (Paris) : Le regard d'une adolescente française sur les intellectuels russes émigrés dans les années 30

11:00h – 11:30h pause

11:30h – 12:30h

Andrei Korliakov (Paris) : Le grand exode russe : tous les chemins mènent en France (Présentation de l'exposition de photos)

Hélène Ménégaldo (Université de Poitiers) : Entre stéréotypes et clichés : l'émigré russe et ses avatars

12:30h – 14:30h midi

II. Figures de l'émigré russe dans la France du XIXe siècle

14:30h – 16:00h (président de séance : Jean-Pierre Morel)

Michel Cadot (Université Paris 3) : Le général Dourakine de la comtesse de Ségur, et le prince Noronsoff de Jean Lorrain. Deux figures romanesques franco-russes.

Charlotte Krauss (Université de Strasbourg) : Les dangereux attraits de l'émigrée russe, vus par la fiction française de Balzac à Lorrain

Véra Milchina (Université en sciences humaines de Moscou, Russie) : Réécrire les Mémoires d'outre-tombe. La réception insolite de l'oeuvre de Chateaubriand par un émigré russe, Wladimir Pétcherine

16:00 – 16:30h pause

16:30h – 18:00h (président de séance : Michel Cadot)

Eléonore Reverzy (Université de Strasbourg) : Fonctions du révolutionnaire: le personnage de Souvarine dans Germinal de Zola

Françoise Genevray (Université Lyon 3) : « Ici finit tout noble souvenir » : Herzen en France

Yves-Michel Ergal (Université de Strasbourg) et Marie-José Strich (Paris) : Née Rostopchine : la Comtesse de Ségur

19:00h Réception au consulat de Russie


Jeudi 1er octobre

III. Nouvelles rencontres : regards russes, regards français

9:00h – 10:30h (président de séance : Pascal Dethurens)

Jean-Pierre Ricard (Bordeaux) : Du boyard au rastaquouère : avatars d'un stéréotype dans le roman populaire français à la fin du XIXe siècle

Cynthia Evariste (Paris) : Les Duchesses russes, ces « coeurs purs », dans le théâtre français des années 1920-1930

Alexandre Bourmeyster (Université de Grenoble) : L'émigré russe des "années folles" à Paris, dans l'oeuvre de Joseph Kessel

10:30h – 11:00h pause

11:00h – 12:30h (président de séance : Nikita Struve)

Régis Gayraud (Université Clermont-Ferrand 2) : Iliazd ou le refus de l'émigration

Martina Stemberger (Université de Vienne, Autriche) : «Paris, c'est notre but à tous, n'est-ce pas ?» Exils russes chez Paul Morand

Nicolas Di Méo (Université de Strasbourg) : Entre décadence et appel de la patrie : les émigrés russes chez Paul Morand

12:30h – 14:30h midi

IV. La première vague d'émigration au féminin

14:30h – 16:00h (président de séance : Hélène Ménégaldo)

Sonia Philonenko (Université de Strasbourg) : Nadiejda Teffi – La condition d'émigré à travers le prisme du discours

Gayaneh Armaganian (ENS Lyon) : Figures de l'émigré russe dans l'oeuvre de Nina Berberova

Olga Blinova (Strasbourg) : L'exil dans l'oeuvre de fiction de Zinaida Gippius : entre l'inacceptable et l'irréalisable

16:00 – 16:30h pause

16:30h – 18:00h (président de séance : Cécile Vaissié)

Annick Morard (Université de Genève) : La prose d'Ekaterina Bakounina : une tentative féministe de (re)construction de soi

Olga Korchevskaïa (Université de Crimée, Ukraine) : L'émigrant russe dans le roman de Jacques Croisé (Zinaïde Schakhovskoy) Sortie de secours : A la recherche d'une identité nationale

Danièle Beaune-Gray (Université d'Aix en Provence) : A.V. Holstein (1850-1936) : La fiction idéologique dans le miroir de l'émigration

18:00 – 18:30h pause

18:30h Soirée lecture en coopération avec l'Action culturelleTextes lus par Hugues de la Salle, Amélie Enon et Kévin Keiss, élèves de l'école du Théâtre National de Strasbourg (Groupe XXXIX, sections dramaturgie et mise en scène)


Vendredi 2 octobre

V. Représentations et mises en scène

9:00h – 10:30h (président de séance : Claude de Grève)

Michel Aucouturier (Université Paris 4) : L'image de l'émigré russe dans l'oeuvre de Gaïto Gazdanov

Gervaise Tassis (Université de Genève) : La figure de l'exilé russe dans les romans de Iouri Felzen

Maria Rubins (Université de Londres) : Figures de l'émigré russe dans les écrits d'Irène Nemirovsky

10:30h – 11:00h pause

11:00h – 12:30h (président de séance : Sonia Philonenko)

Agnès Edel-Roy (Université Paris 3) : L'au-delà nabokovien de l'exil français

Tatiana Victoroff (Université de Strasbourg) : "J'entendis une voix qui m'appelait" le dialogue d'Anna Akhmatova avec les émigrés

Michaël Meylac. (Université de Strasbourg) : « Ballets Russes » et « la russification » du ballet mondial

12:30h – 14:30h midi

VI. Nouvelles générations et échos de l'émigration russe en France

14:30h – 16:00h (président de séance : Michel Aucouturier)

Jean-Pierre Morel (Université Paris 3) : Le rôle de la France dans le Journal 1970-1986 d'Andréï Tarkovski

Georges Nivat (Université de Genève) : Le mythe de l'émigration chez Soljenitsyne

Cécile Vaissié (Université Rennes 2) : Saperlipopette ! Victor Nékrassov, Prix Staline et badaud parisien

16:00h – 16:30h pause

16:30h – 18:00h (président de séance : Véra Milchina)

Louba Jurgenson (Université Paris 4) : Enfance de N. Sarraute et La Promesse de l'aube de R. Gary : le récit et la construction d'une identité hybride par deux écrivains émigrés français

Olga Ouchakova (Université de Tioumen, Russie) : English Contacts of Russian Exiles: Paris as a Cultural Cross-Roads
Claude de Grève (Université Paris 10) : Les émigrés russes comme acteurs du renouvellement de la critique de la littérature russe en France, au XXe siècle

18:00h Conclusion

18:15h Fin du colloque

Informations pratiques

contact *

Charlotte Krauss (ckrauss@unistra.fr)

Tatiana Victoroff (tatiana.victoroff@gmail.com)


salle

14, rue René Descartes - bâtiment Le Portique, salle 409


programme actualisé

www.europedeslettres.org


Responsable : Tatiana Victoroff et Charlotte Krauss (Groupe de recherches « Europe des Lettres », dans le cadre de l'équipe d'accueil

05 mai 2009

Emigrantchtchina

Emigrantchtchina

 

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 (Riznitsa de l'église de Vladimir Smolensky. Paroisse de la Pésentation de la Vierge au Temple, rue Olivier de Serres à Paris.)

 

 

 

Emigrantchtchina

 

 

Une ampoule nue éclaire la cuisinière à gaz, elle est accrochée à un fil torsadé trop long, luisant de graisse de cuisine. La lumière est tamisée par un dépôt gras et collant. Quelques bouteilles étoilées de vin du Rocher encombrent l'étroit espace entre la table et le mur, sur l'étagère parmi les pots et les piles de journaux, un œuf rouge duveté de poussière et un moule à paskha en bois marqué d'une croix orthodoxe se tiennent compagnie.

En sortant de la cuisine il faut se déplacer avec précaution pour arriver à la chambre, longer un couloir dont les murs sont couverts par un assemblage d'étagères disparates, disposées les unes sur les autres au fur et à mesure des besoins. La porte ne s'ouvre pas complètement, elle est bloquée par une multitude de sacs accrochés et une pile de Figaro plaqués contre le mur. Un caddy écossais aux roues rafistolées surmonte le tout.

Le silence de la rue Lacretelle accentue le malaise. La chambre se découvre comme une tombe cachée au fond d'une pyramide. Un amoncellement de livres recouvre tout l'espace autour d'un lit recouvert d'un tissu à fleurs de mauvais goût. Les gros dictionnaires soutiennent des planches curieusement penchées, des centaines de livres en rangées, en piles, en vrac semblent tous pencher dans le sens opposé pour rétablir un équilibre instable, quelques albums coincés droit entre deux planches retiennent des vagues des petits recueils de poésie écrasés par le poids de leurs voisins, les étagères du haut sont noyées de poussière, une neige grise uniforme et douce qui protège tout.

Tout en bas, près de l'oreiller, un petit coin abrite les icônes, elles aussi sont blotties les unes contre les autres, une petite population de saints guerriers ou ascétiques entourent une icône de la Vierge. Un ange aux ailes rabattues comme un oiseau qui s'est posé trop vite occupe une place particulière, à ses pieds une petite coupelle d'huile verdâtre avec une mèche noircie, des petits cierges jaunes tordus et presque entièrement consumés, des branches de buis desséchées.

 Ici vivait un célèbre poète de l'émigration russe, Vladimir Smolensky, mort en 1961 et aujourd'hui oublié. Il travaillait dans une usine métallurgique, devint comptable, vécut dans la pauvreté.

 - «Je suis comptable chez un marchand de vin, autrement dit «je compte les bouteilles des autres!», disait il à Zinaïda Schakovskoy.

Mon propos n'est pas de magnifier une fois de plus les « poètes maudits » mais d'essayer de dissiper un malaise tant de fois ressenti.

 Ce petit monde des émigrés russes fut le mien à Paris dans les années 60/70 avec ses paroisses, ses écoles russes, ses épiceries et ses associations. Leur Russie n'était plus réelle et leur vie était maintenant enracinée dans leurs pavillons de banlieue. Ce monde avait ses repères, Sainte Geneviève des bois et l'incongrue statue d'un éléphant blanc qui servait d'indicateur lorsque l'on arrivait de Paris, la Pensée russe pour sa rubrique nécrologique, l'épicier arménien que l'on disait « russe » par habitude, la librairie des Editeurs Réunis qui n'était pas « soviétique », et bien sûr « Daru », « Saint Serge »  « Olivier » ou « Exelmans ».

Les enfants allaient aux camps de l'ACER ou des Vitiaz et hissaient les couleurs russes en criant «Pour la Russie et pour la foi !» sans imaginer un seul instant la réalité de ce pays si éloigné d'eux. Leur vie était ici, entre le feu de camp, l'orchestre de balalaïka et le sentiment d'être « à part » d'être russes comme on serait membre d'une société secrète ayant ses rites jalousement gardés, ses rivalités et son histoire. Et leur histoire est ancrée ici en France, encrée par des livres en russe qu'ils ne lisent pas, qui appartenaient à Baboulia qui ne les ouvrait plus ; sur sa table de nuit traînait un Simenon qu'elle ne terminait jamais. Les enfants accompagnaient leur grand-mère à l'église le Jeudi Saint, pour les 12 évangiles, il y avait toujours ce vieux cosaque qui arrivait en retard et qui parlait trop fort pour demander si on avait déjà lu le passage du « brigand ». Après, ils sortaient dans la rue portant une bougie allumée protégée par un verre en carton. Dans le wagon du métro, ils remarquaient d'autres enfants comme eux, des personnes âgées tenant un petit gobelet à la lumière tremblotante comme celle d'un lampion. Il fallait ramener la bougie à la maison sans qu'elle ne s'éteigne, un jeu autorisé une seule fois dans l'année !

 Les grands-parents parlaient assez peu de la Russie. Ils allaient aux réunions littéraires, religieuses ou politiques pour retrouver Anna Petvovna, ou Lioubotchka arrivée de Montauban. Ils gardaient leurs souvenirs pour eux mais publiaient parfois à compte d'auteur des mémoires tirés à 200 exemplaires et offerts le plus souvent à la même Lioubotchka et Anna Petrovna.

Ils parlaient un russe aujourd'hui totalement oublié, émaillé d'expressions françaises, pour se renseigner sur le nombre de places qu'il restait dans la tombe de Boris Glebovitch à Sainte Geneviève des bois, ou sur la difficulté de trouver du fromage blanc bien sec pour la paskha.

Ils ont vécu en oubliant un retour possible chez eux, comme une jeunesse que l'on ne retrouve jamais. Comme beaucoup de ceux qui ont traversé les profonds traumatismes de la guerre et de l'émigration, ils ont essayé de transmettre à leurs petits-enfants une certaine légèreté de la vie plutôt qu'un patriotisme pour un pays disparu. Chacun gardait sa Russie en lui qu'il retrouvait en lisant Bounine, Smolensky ou en visitant ses camarades de guerre.

 Aujourd'hui l'émigration russe est l'objet de colloques, d'études et de publications, la Russie retrouve son histoire passée et se réapproprie l'immense héritage artistique, littéraire laissé par ses émigrés. Les chercheurs font un travail extraordinaire, passionné et sincère, mais ils ne sont pas les seuls à se pencher sur cette question. Les médias officiels russes avec le soutien des autorités ont entrepris depuis quelques années de glorifier une émigration dont ils donnent une image  officielle  noyée dans un pathos patriotique et centrée sur le thème de la « réconciliation ». Une armée blanche mythifiée, des transferts de tombes en grande pompe, des séries télévisées, rien n'est négligé pour affirmer que cette émigration est avant tout russe et que seule la Russie a la légitimité de la représenter. Rémizov, Bounine, Dénikine, Koltchak, Wrangel, Rachmaninoff sont récupérés sans états d'âme, mais parmi eux on ne retrouve jamais le père Igor trainant son caddy à provisions en remontant la rue Lacretelle, se dépêchant de rentrer à temps pour le match de foot.

 C'est ici, en France qu'il faut construire une histoire des émigrés russes, sauvegarder le souvenir de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont créé. Longtemps nous avons parlé de « conservation » par les émigrés d'une Russie dévastée par la révolution, il est temps de parler de l'immense richesse apportée à la France par ce petit peuple. Il est temps de préserver leur mémoire à eux où la rue Lacretelle, les usines Renault où ils ont travaillé, les églises construites dans des garages auraient une petite place, bien loin de la Place Rouge.

 En 2017 la Russie va « commémorer » l'anniversaire de la révolution. Cette date n'est pas si lointaine maintenant. Nous allons de nouveau assister à la glorification de cette Russie unie parlant à l'unisson de New-York à Magadan en passant par Paris, Prague ou Berlin !

Des « représentants » triés sur le volet pour leur amour de la mère patrie vont se rendre à Moscou les valises pleines d'archives qu'ils offriront devant les caméras à des représentants du ministère de la culture avant de se rendre à une réception, recevoir une médaille et rencontrer M. Poutine en personne.

 Ce petit texte, certes un peu confus, n'est pas polémique, il est simplement le reflet d'une grande tendresse et profonde tristesse pour un monde qui disparait à mille lieues des fastes du Kremlin.

 Dépêchons nous de sauvegarder, ici en France, ce qui reste de nos souvenirs d'enfance, de préserver les traces de tous les père Igor, Lioubotchka ou Boris Glebovitch. Travaillons avec les chercheurs russes, malgré parfois la désagréable impression de voir la vie de nos familles observée comme insecte sous la loupe. Unissons nos efforts pour préserver ici tout ce qui peut l'être encore.

 Ici en France personne ne le fera à notre place.

A.E

 

 

 

 

 

 

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Lisez ici sur le même thème un très beau texte de Charlotte Waligora

 

 

 

04 février 2009

Emigration russe Marina Tsvetaeva

 

 

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Le Messager Orthodoxe, le Vestnik

et les amis d’YMCA-Press

 

année 2008-2009

 

ont le plaisir de vous inviter aux

soirées consacrées à la culture russe

 

 

                                   

La prochaine réunion aura lieu 

 

le lundi 9 février à 18h 30 et sera consacrée à

 

MARINA  TSVETAEVA

 

          avec la participation des éditeurs du premier volume des œuvres de  Tsvétaéva en français paru en janvier 2009 (Prose autobiographique)                               

·        Tsvétan TODOROV (essayiste)

·       Véronique LOSSKY

 

 

Librairie « Les Editeurs Réunis »

11, rue de la Montagne Sainte –Geneviève

Paris, 5ème

 

Métro Maubert-Mutualité

 

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20 octobre 2008

A la mémoire d'Alexandre Soljénitsyne

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Edition originale de l'Archipel du Goulag YMCA-PRESS Paris décembre 1973



Dans le cadre des soirées consacrées à la culture et à la philosophie religieuse de l'émigration russe, le messager orthodoxe, le Vestnik, et les amis d'YMCA-PRESS organisent une soirée à la mémoire d'Alexandre Soljénitsyne.

Le lundi 27 octobre 2008 à 18h 30 à la librairie "Les Editeurs Réunis" - 11, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Paris V - Métro : Maubert Mutualité.

Avec la participation de Nikita Struve et d'autres intervenants.

Renseignements : ed.reunis@wanadoo.fr

23 juin 2008

Rue des Boutiques Obscures

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Appartement de russes émigrés à Paris dans le quinzième arrondissement en 1935, dessiné par un enfant.
" A mon cher papa, le jour de son anniversaire"

Voici quelques très belles pages extraites du roman de Patrick Modiano "Rue des Boutiques Obscures". Le héros amnésique est à la recherche de son passé.

 En quelques phrases Modiano transmet cette douceur et cette tristesse diffuses propres au monde déjà disparu des émigrés russes des années d'après-guerre.

 

"Il sortait de l’épicerie, un sac en papier à la main.

- Monsieur Stioppa de Djagoriew ?

   Il eut vraiment l’air surpris. Nos têtes étaient à la même hauteur, ce qui m’intimidait encore plus.

-         Lui-même. Mais qui êtes vous ?

Non, il ne me reconnaissait pas. Il parlait le français sans accent. Il fallait être courageux.

-         Je … je voulais vous voir depuis … longtemps …

-         Et pourquoi, monsieur ?

-         J’écris …j’écris un livre sur l’Emigration …Je …

-         Vous êtes russe ?

C’était la seconde fois qu’on me posait cette question. Le chauffeur de taxi me l’avait posée lui aussi. Au fond, peut-être l’avais-je été, russe.

-         Non.

-         Et vous vous intéressez à l’Emigration ?

-         Je … Je … j’écris un livre sur l’Emigration. C’est … C’est … quelqu’un qui m’a conseillé d’aller vous voir … Paul Sonachitzé …

-         Sonachitzé … non …

Il prononçait à la russe. C’était très doux : le bruissement du vent dans les feuillages.

-         Un nom géorgien … Je ne connais pas …

Il fronçait les sourcils.

-         Sonachitzé …non …

-         Je ne voudrais pas vous déranger, monsieur, Juste vous poser quelques questions.

-         Mais ce serait avec le plus grand plaisir …

Il souriait, d’un sourire triste.

-         Un sujet tragique, l’Emigration … Mais comment se fait-il que vous m’appeliez Stioppa ? …

-         Je …ne …je …

-         La plupart des gens qui m’appelaient Stioppa sont morts. Les autres doivent se compter sur les doigts d’une main.

-         C’est …ce Sonachitzé …

-         Connais pas.

-         Je pourrais … vous poser … quelques questions ?

-         Oui. Voulez vous venir chez moi ? Nous parlerons.

 

Rue  Julien-Potin, après avoir passé une porte cochère, nous traversâmes un square bordé de blocs d’immeubles. Nous prîmes un ascenceur de bois avec une porte à double battant munie d’un grillage. Et nous devions, à cause de nos tailles et de l’exiguïté de l’ascenseur, tenir nos têtes inclinées et tournées chacune du côté de la paroi, pour ne pas nous toucher du front.

   Il habitait au cinquième étage un appartement composé de deux pièces. Il me reçut dans sa chambre et s’allongea sur le lit.

-         Excusez-moi, me dit-il. Mais le plafond est trop bas. On étouffe quand on est debout.

   En effet, il n’y avait que quelques centimètres entre ce plafond et le haut de mon crâne et j’étais obligé de me baisser. D’ailleurs, lui et moi, avions une tête de trop pour franchir l’embrasure de la porte de communication et j’ai imaginé qu’il s’y était souvent blessé le front.

-         Vous aussi, allongez-vous … si vous voulez … Il me désignait un petit divan de velours vert clair, près de la fenêtre.

-         Ne vous gênez pas … vous serez beaucoup mieux allongé … Même assis, on se croit dans une cage trop petite … Si, si …allongez vous …

Je m’allongeai.

Il avait allumé une lampe à abat-jour rose saumon qui se trouvait sur la table de chevet et cela faisait un foyer de lumière douce et des ombres au plafond.

-         Alors, vous vous intéressez à l’Emigration ?

-         Beaucoup.

-         Mais pourtant vous êtes encore jeune …

-         Jeune ? Je n’avais jamais pensé que je pouvais être jeune. Un grand miroir avec un cadre doré était accroché au mur, tout près de moi. J’ai regardé mon visage. Jeune ?

-         Oh …je ne suis pas si jeune que cela …

Il y eu un moment de silence. Allongés tous les deux de chaque côté de la pièce, nous ressemblions à des fumeurs d’opium.

-         Je reviens d’un service funèbre, me dit-il. Dommage que vous n’ayez pas rencontré cette très vieille femme qui est morte … Elle aurait pu vous raconter des tas de choses … C’était une des personnalités les plus remarquables de l’Emigraton …

-         Ah bon ?

-         Une femme très courageuse. Au début, elle avait créé un petit salon de thé, rue du Mont-Thabor, et elle aidait tout le monde… C’était très difficile…

Il s’assit sur le rebord du lit, le dos voûté, les bras croisés.

-         J’avais quinze ans à l’époque…Si je fais le compte, il ne reste plus grand monde…

-         Il reste…Georges Sacher…, dis-je au hasard.

-         Plus pour très longtemps. Vous le connaissez ?

Etait-ce le vieillard en plâtre ? Ou le gros chauve à tête de Mongol ?

-         Ecoutez, me dit-il. Je ne peux plus parler de tout ça… ça me rend trop triste… Je peux simplement vous montrer des photos… Il y a les noms et les dates derrière… vous vous débrouillerez…

-         Vous êtes vraiment gentil de vous donner tant de mal.

Il me sourit.

-         J’ai des tas de photos… J’ai mis les noms et les dates derrière parce qu’on oublie tout…

Il se leva et, en se courbant, passa dans la pièce voisine.

Je l’entendis ouvrir un tiroir. Il revint, une grande boîte rouge à la main, s’assit par terre, et appuya son dos au rebord du lit.

-         Venez vous mettre à côté de moi. Ce sera plus pratique pour regarder les photos.

Je m’exécutai. Le nom d’un confiseur était gravé en lettres gothiques sur le couvercle de la boîte. Il l’ouvrit. Elle était pleine de photos.

-         Vous avez là-dedans, me dit-il, les principales figures de l’Emigration.

Il me passait les photos une par une en m’annonçant le nom et la date qu’il avait lus au verso, et c’était une litanie à laquelle les noms russes donnaient une sonorité particulière, tantôt éclatante comme un bruit de cymbales, tantôt plaintive ou presque étouffée. Troubetskoï. Oberliani. Cheremeteff. Galitzine. Eristoff. Obolensky. Bagration. Tchavtchavadzé… Parfois, il me reprenait une photo, consultait à nouveau le nom et la date. Photos de fête. La table du grand-duc Boris à un gala du Château-Basque, bien après la Révolution. Et cette floraison de visages sur la photo d’un dîner « blanc et noir » de 1914…Photos d’une classe du lycée Alexandre de Pétersbourg.

-         Mon frère aîné…

Il me passait les photos de plus en plus vite et ne les regardait même plus. Apparemment, il avait hâte d’en finir. Soudain je m’arrêtai sur l’une d’elles, d’un papier plus épais que les autres et au dos de laquelle il n’y avait aucune indication.

-         Alors ? me demanda-t-il, quelque chose vous intrigue, monsieur ?

Au premier plan, un vieil homme, raide et souriant, assis sur un fauteuil. Derrière lui, une jeune femme blonde aux yeux très clairs. Tout autour, de petits groupes de gens dont la plupart étaient de dos. Et vers la gauche, le bras droit coupé par le bord de la photo, la main sur l’épaule de la jeune femme blonde, un homme très grand, en complet prince-de-galles, environ trente ans, les cheveux noirs, une moustache fine. Je crois vraiment que c’était moi.

Je me suis rapproché de lui. Nos dos étaient appuyés au rebord du lit, nos jambes allongées par terre, nos épaules se touchaient.

-         Dites moi qui sont ces gens-là ? lui ai-je demandé.

Il a pris la photo et l’a regardée d’un air las

-         Lui c’était Giorgiadzé…

Et il me désignait le vieux assis sur le fauteuil.

-         Il a été au consulat de Géorgie à Paris, jusqu’à ce que…

Il ne finissait pas sa phrase comme si je devais comprendre la suite instantanément.

- Elle, c’était sa petite-fille…On l’appelait Gay…"

 

Patrick Modiano "Rue des Boutiques Obscures" ed Gallimard 1978

13 février 2008

Vitaly Joumenko aux Editeurs Réunis

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La librairie russe "Les Editeurs Réunis" et les éditions YMCA-PRESS vous invitent à la présentation du livre de Vitaly Joumenko consacré à l'armée des volontaires.

"Armée Blanche" Portraits d'officiers russes 1917-1922.
Le vendredi 15 février 2008 à 18h 30 au 11, rue de la Montagne Sainte Geneviève 75005 Paris
Métro : Maubert-Mutualité (ligne 10)
Tél : 01 43 54 74 46

15 janvier 2008

Soirée Natacha Gorbanevskaya

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Vendredi 25 janvier à 18h30, soirée Natalia Gorbanevskaya. Présentation de trois livres en langue russe publiés en Russie.

La maison du livre russe - 91 rue Saint-Honoré, Paris 75001 - Métro Louvre-Rivoli, RER Chatelet



- "A Midi" Relate la manifestation du 25 août 1968 sur la place Rouge en protestation contre l'invasion de la Tchécoslovaquie. Natalia Gorbanevskaya participait à cette manifestation et fut arrêtée.
Le livre était paru en 1969 en samizdat, puis édité en occident en 1970.
Cette édition (2007) est la première édition russe préfacée et augmentée par Natalia Gorbanevskaya

- "Alors je suis tombée amoureuse des poèmes des autres" - Traductions de poèmes polonais (Edition de la Bibliothèque nationale polonaise, Varsovie 2006)

-" La rose couleur thé" - Poésies 2002-2005.
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Natalia Gorbanevskaya lira ses poèmes.


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Natalia est née en 1936 à Moscou. Elle est une des figures majeures du mouvement dissident russe.
Elle fut l'une des participantes du meeting de protestation contre l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, sur la Place Rouge en 1968.
Elle vit depuis 1976 à Paris, où elle collabora à la revue "Continent" au journal hebdomadaire en langue russe "La Pensée Russe"Elle a déjà publié de nombreux recueils de poésies en occident et depuis les années 90 en Russie

10 janvier 2008

Rencontre avec Alexeï Varlamov


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Rencontre avec Alexeï Varlamov, lauréat du prix Sojénitsyne 2006.

Lundi 14 janvier 2008 à 18h 30 à la librairie "Les Editeurs Réunis" 11, rue de la Montagne Sainte Geneviève
75005 Paris
Métro Maubert-Mutualité (ligne 10)

A lire ici un éloge de la librairie par Carla Van der Rohe.


Alexeï Varlamov
Prosateur et linguiste, il vit à Moscou.
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Né à Moscou en 1963, il termine ses études à la faculté philologique de l’Université de Moscou (1985). Il est docteur ès-Lettres et professeur à la faculté philologique de l’Université Lomonossov de Moscou, maître de conférence à l’Institut de littérature Gorky. Il donne des conférences sur les écrçivains du siècle d’argent et prépare les étudiants étrangers à l’examen de doctorat de langue russe. Il participe au programme international des écrivains aux Etats-Unis (1997), donne des conférences dans les universités américaines (Stanford, Yale, New-York). Il a été writer-in-residence auprès de l’Université d’Iowa (1998), il a présenté la Russie le projet international «Expresse de littérature Europe-2000».

Son premier ouvrage fut un récit «Cafards», publié dans la revue «Oktiabr» (1987). Le premier livre «Maison à Ostogié» a paru en 1990. Mais c’est grâce au roman «Dupe» (1995) et à la nouvelle «Naissance» (1995) que l’auteur est devenu connu de grand public. Il publie sa prose dans les revues «Znamia», «Novyï mir», «Moskva», «Oktiabr», «Grani», «Literatournaïa outcheba», «Roman-gazeta», «Pod’em». Varlamov a écrit une série d'articles de littérature et de publiciste. Le domaine des recherches de A.Varlamov sont les écrivains du siècle d’Argent. Il travaille munitieusement à l'aide de journaux, de lettres et d'archives. Le fruit de ces recherches sont des livres biographiques sur Alexandre Grin, Mikchaïl Prichvin ou Alexeï Tolstoï.

Les œuvres de A.Varlamov sont traduites en chinois. Dans la maison d’édition espagnole "Асоntilado" va paraître la nouvelle «Naissance».

Il est un membre de l’Association des écrivains russes (1993). Il a été un membre du conseil de «Litteratournaïa gazeta» (jusqu’à 1997), membre du conseil de rédaction de l’hebdomadaire «Nakanouné» (1995). Il est également membre du conseil de rédaction des revues «Oktiabr» et «Roman-gazeta» (1998).

Il a obtenu des prix du club littéraire de Leipzig «Lege Artis» (1995), «Antibooker» (1995), de la revue «Oktiabr» (1995, 1997), du journal «Moskovskiï geleznodorognik» (1997), de la maison d’édition «Roman-gazeta» (1998), de la bourse du Fond de la Littérature de Moscou (1999), des prix d’Alexandre Soljenitsyne (2006), de la maison d’édition «Molodaïa gvardia» (2006).

Livres :
Maison à Ostogié. Moscou, Molodaïa gvardia, 1990
Bonjour, prince! Nouvelles et récits. Moscou, Slovo, 1993
Nuit des film slaves. Moscou, Chroniker, 2001
Arche noyé. Naissance. Dupe. Moscou, Molodaïa gvardia, 2002
Dupe. Roman. Moscou, Roman-gazeta, 2003
Prichvin. Moscou, Molodaïa gvardia, 2003
Alexandre Grin. Moscou, Molodaïa gvardia, 2005
11 septembre. Saint-Pétersbourg, 2005
A.N.Tolstoï. Moscou, Molodaïa gvardia, 2006
Grigoriï Raspoutine. Moscou, Molodaïa gvardia, 2007
Tous les gens savent nager. Roman-gazeta, 2007

Sources

07 janvier 2007

Rencontre avec Victor Moskvine

Recontre organisée par les éditions YMCA-PRESS, le magasin "Les Editeurs Réunis" et le "Messager de l'ACER"

Avec VICTOR ALEXANDROVITCH MOSKVINE, directeur de la bibliothèque - Fonds de l'émigration russe, et des éditions "La Voie Russe" (Russkij Put') à Moscou

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Au programme :

-conférence de Victor Moskvine sur la création et les activités de la bibliothèque et des éditions "La Voie Russe"

- Film du studio de cinéma créé sous l'égide de la bibliothèque.

La rencontre aura lieu le

MERCREDI 10 JANVIER 2007 A 18.30

11, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Paris 5, tel 01 43 54 74 46

Métro Maubert-Mutualité


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28 décembre 2006

Exposition Pouchkine 1937

Célèbre affichette de l'exposition "Pouchkine 1837-1937" organisée par Serge Lifar salle Pleyel à Paris du 16 mars au 15 avril 1937.

Dessin de Jean Cocteau.

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"L'être humain porte profondément en soi un sentiment mystique et subconscient. Quiconque ne possède pas d'intimes vibrations est un être pauvre, infécond et demeure fermé aux Mystères de la Vie et de l'Univers. La religion est une extériorisation formelle de cet instinct suprême. Chacun de nous a son dieu, ses idoles et c'est la raison pour laquelle ils sont si nombreux. Autour de Dieu - seul et invisible - l'homme dresse tout un Panthéon de divinités. Eschyle a dit :
-Les dieux sont les sourires de la Divinité; les hommes sont ses larmes.
Nul n'a créé tant de dieux que les Grecs, sages entre les sages. Le plus beau, le plus clair, le plus lumineux de l'Olympe est Apollon, chef des Muses éthérées, Musagète protecteur des Arts.

La Russie a son Dieu, son Apollon : Pouchkine qui, plus inspiré que tout autre a su enflammer le coeur du peuple. Je vénère Pouchkine, animateur de ma vie. Sa sagacité m'enrichit, apporte lumière et bonheur dans mes créations, immatérialise mon effort. Les générations passionnées de Pouchkine deviennent de plus en plus nombreuses et notre joie est grande de voir que notre foi a gagné l'Univers.
Grâce à Pouchkine, les Russes ont leur Parnasse.

Les objets ayant appartenu au poète sont imprégnés d'esprit qu'ils nous communiquent, prenant ainsi figure de symboles et nous enrichissent de tout un passé d'espérances et de larmes, de combats et d'extases.
En voyant les pistolets que Pouchkine et son adversaire braquèrent l'un sur l'autre, n'est-on pas saisi d'émotion comme devant le fauteuil où Molière expira?
Il ya cent ans, le 9 février 1837, était tué dans un funeste duel notre génie national.

Notre but, en réunissant pieusement les manuscrits et les objets familiers de Pouchkine, est de recréer pour le visiteur l'ambiance dans laquelle vécut le poète.

Serge Lifar.

L'exposition sera ouverte tous les jours, du 16 mars au 15 avril, de 14h. à 23 h.au Foyer de la Salle Pleyel.
Des conférences seront données quatre fois par semaine par les plus grands écrivains français et russes, perpétuant le culte de Pouchkine.


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