05 mai 2009

Emigrantchtchina

Emigrantchtchina

 

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 (Riznitsa de l'église de Vladimir Smolensky. Paroisse de la Pésentation de la Vierge au Temple, rue Olivier de Serres à Paris.)

 

 

 

Emigrantchtchina

 

 

Une ampoule nue éclaire la cuisinière à gaz, elle est accrochée à un fil torsadé trop long, luisant de graisse de cuisine. La lumière est tamisée par un dépôt gras et collant. Quelques bouteilles étoilées de vin du Rocher encombrent l'étroit espace entre la table et le mur, sur l'étagère parmi les pots et les piles de journaux, un œuf rouge duveté de poussière et un moule à paskha en bois marqué d'une croix orthodoxe se tiennent compagnie.

En sortant de la cuisine il faut se déplacer avec précaution pour arriver à la chambre, longer un couloir dont les murs sont couverts par un assemblage d'étagères disparates, disposées les unes sur les autres au fur et à mesure des besoins. La porte ne s'ouvre pas complètement, elle est bloquée par une multitude de sacs accrochés et une pile de Figaro plaqués contre le mur. Un caddy écossais aux roues rafistolées surmonte le tout.

Le silence de la rue Lacretelle accentue le malaise. La chambre se découvre comme une tombe cachée au fond d'une pyramide. Un amoncellement de livres recouvre tout l'espace autour d'un lit recouvert d'un tissu à fleurs de mauvais goût. Les gros dictionnaires soutiennent des planches curieusement penchées, des centaines de livres en rangées, en piles, en vrac semblent tous pencher dans le sens opposé pour rétablir un équilibre instable, quelques albums coincés droit entre deux planches retiennent des vagues des petits recueils de poésie écrasés par le poids de leurs voisins, les étagères du haut sont noyées de poussière, une neige grise uniforme et douce qui protège tout.

Tout en bas, près de l'oreiller, un petit coin abrite les icônes, elles aussi sont blotties les unes contre les autres, une petite population de saints guerriers ou ascétiques entourent une icône de la Vierge. Un ange aux ailes rabattues comme un oiseau qui s'est posé trop vite occupe une place particulière, à ses pieds une petite coupelle d'huile verdâtre avec une mèche noircie, des petits cierges jaunes tordus et presque entièrement consumés, des branches de buis desséchées.

 Ici vivait un célèbre poète de l'émigration russe, Vladimir Smolensky, mort en 1961 et aujourd'hui oublié. Il travaillait dans une usine métallurgique, devint comptable, vécut dans la pauvreté.

 - «Je suis comptable chez un marchand de vin, autrement dit «je compte les bouteilles des autres!», disait il à Zinaïda Schakovskoy.

Mon propos n'est pas de magnifier une fois de plus les « poètes maudits » mais d'essayer de dissiper un malaise tant de fois ressenti.

 Ce petit monde des émigrés russes fut le mien à Paris dans les années 60/70 avec ses paroisses, ses écoles russes, ses épiceries et ses associations. Leur Russie n'était plus réelle et leur vie était maintenant enracinée dans leurs pavillons de banlieue. Ce monde avait ses repères, Sainte Geneviève des bois et l'incongrue statue d'un éléphant blanc qui servait d'indicateur lorsque l'on arrivait de Paris, la Pensée russe pour sa rubrique nécrologique, l'épicier arménien que l'on disait « russe » par habitude, la librairie des Editeurs Réunis qui n'était pas « soviétique », et bien sûr « Daru », « Saint Serge »  « Olivier » ou « Exelmans ».

Les enfants allaient aux camps de l'ACER ou des Vitiaz et hissaient les couleurs russes en criant «Pour la Russie et pour la foi !» sans imaginer un seul instant la réalité de ce pays si éloigné d'eux. Leur vie était ici, entre le feu de camp, l'orchestre de balalaïka et le sentiment d'être « à part » d'être russes comme on serait membre d'une société secrète ayant ses rites jalousement gardés, ses rivalités et son histoire. Et leur histoire est ancrée ici en France, encrée par des livres en russe qu'ils ne lisent pas, qui appartenaient à Baboulia qui ne les ouvrait plus ; sur sa table de nuit traînait un Simenon qu'elle ne terminait jamais. Les enfants accompagnaient leur grand-mère à l'église le Jeudi Saint, pour les 12 évangiles, il y avait toujours ce vieux cosaque qui arrivait en retard et qui parlait trop fort pour demander si on avait déjà lu le passage du « brigand ». Après, ils sortaient dans la rue portant une bougie allumée protégée par un verre en carton. Dans le wagon du métro, ils remarquaient d'autres enfants comme eux, des personnes âgées tenant un petit gobelet à la lumière tremblotante comme celle d'un lampion. Il fallait ramener la bougie à la maison sans qu'elle ne s'éteigne, un jeu autorisé une seule fois dans l'année !

 Les grands-parents parlaient assez peu de la Russie. Ils allaient aux réunions littéraires, religieuses ou politiques pour retrouver Anna Petvovna, ou Lioubotchka arrivée de Montauban. Ils gardaient leurs souvenirs pour eux mais publiaient parfois à compte d'auteur des mémoires tirés à 200 exemplaires et offerts le plus souvent à la même Lioubotchka et Anna Petrovna.

Ils parlaient un russe aujourd'hui totalement oublié, émaillé d'expressions françaises, pour se renseigner sur le nombre de places qu'il restait dans la tombe de Boris Glebovitch à Sainte Geneviève des bois, ou sur la difficulté de trouver du fromage blanc bien sec pour la paskha.

Ils ont vécu en oubliant un retour possible chez eux, comme une jeunesse que l'on ne retrouve jamais. Comme beaucoup de ceux qui ont traversé les profonds traumatismes de la guerre et de l'émigration, ils ont essayé de transmettre à leurs petits-enfants une certaine légèreté de la vie plutôt qu'un patriotisme pour un pays disparu. Chacun gardait sa Russie en lui qu'il retrouvait en lisant Bounine, Smolensky ou en visitant ses camarades de guerre.

 Aujourd'hui l'émigration russe est l'objet de colloques, d'études et de publications, la Russie retrouve son histoire passée et se réapproprie l'immense héritage artistique, littéraire laissé par ses émigrés. Les chercheurs font un travail extraordinaire, passionné et sincère, mais ils ne sont pas les seuls à se pencher sur cette question. Les médias officiels russes avec le soutien des autorités ont entrepris depuis quelques années de glorifier une émigration dont ils donnent une image  officielle  noyée dans un pathos patriotique et centrée sur le thème de la « réconciliation ». Une armée blanche mythifiée, des transferts de tombes en grande pompe, des séries télévisées, rien n'est négligé pour affirmer que cette émigration est avant tout russe et que seule la Russie a la légitimité de la représenter. Rémizov, Bounine, Dénikine, Koltchak, Wrangel, Rachmaninoff sont récupérés sans états d'âme, mais parmi eux on ne retrouve jamais le père Igor trainant son caddy à provisions en remontant la rue Lacretelle, se dépêchant de rentrer à temps pour le match de foot.

 C'est ici, en France qu'il faut construire une histoire des émigrés russes, sauvegarder le souvenir de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont créé. Longtemps nous avons parlé de « conservation » par les émigrés d'une Russie dévastée par la révolution, il est temps de parler de l'immense richesse apportée à la France par ce petit peuple. Il est temps de préserver leur mémoire à eux où la rue Lacretelle, les usines Renault où ils ont travaillé, les églises construites dans des garages auraient une petite place, bien loin de la Place Rouge.

 En 2017 la Russie va « commémorer » l'anniversaire de la révolution. Cette date n'est pas si lointaine maintenant. Nous allons de nouveau assister à la glorification de cette Russie unie parlant à l'unisson de New-York à Magadan en passant par Paris, Prague ou Berlin !

Des « représentants » triés sur le volet pour leur amour de la mère patrie vont se rendre à Moscou les valises pleines d'archives qu'ils offriront devant les caméras à des représentants du ministère de la culture avant de se rendre à une réception, recevoir une médaille et rencontrer M. Poutine en personne.

 Ce petit texte, certes un peu confus, n'est pas polémique, il est simplement le reflet d'une grande tendresse et profonde tristesse pour un monde qui disparait à mille lieues des fastes du Kremlin.

 Dépêchons nous de sauvegarder, ici en France, ce qui reste de nos souvenirs d'enfance, de préserver les traces de tous les père Igor, Lioubotchka ou Boris Glebovitch. Travaillons avec les chercheurs russes, malgré parfois la désagréable impression de voir la vie de nos familles observée comme insecte sous la loupe. Unissons nos efforts pour préserver ici tout ce qui peut l'être encore.

 Ici en France personne ne le fera à notre place.

A.E

 

 

 

 

 

 

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Lisez ici sur le même thème un très beau texte de Charlotte Waligora

 

 

 

05 mars 2008

En faveur des invalides de guerre russes

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Panneau placé au dessus d'un panier servant à la quête dans les églises orthodoxes russes de France jusqu'aux années 1960 (ancienne orthographe).

Il y avait en général plusieurs panneaux, "Pour l'église", "Pour les pauvres", à Pâques : "Pour les fleurs"...
Les invalides de guerre russes ont rejoint Sainte Geneviève des Bois et le panneau, le fond d'une armoire!

13 décembre 2007

68 ans plus tard.......

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Le calendrier des invalides russes toujours disponible dans toutes les bonnes paroisses russes de France au prix moyen de 15 euros!
L'adresse de l'édition n'a pas changé depuis toutes ces années, 3, rue Adolphe Chérioux 92130 Issy les Moulineaux.
Tél : 01 39 64 55 08


Au mois de Janvier on trouve cette note : Fêtes françaises : 1 Janvier - Nouvel An !

08 avril 2007

Pâques à la maison de retraite russe!

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Carte de Pâques envoyée dans les années 50 d'une maison de retraite russe des environs de Paris, (Chelles, Sainte Geneviève des Bois, Cormeilles en Parisis, Noisy etc...). Cette carte est entièrement peinte à la main à l'aquarelle d'un soupirant à sa bien aimée (en espérant qu'elle ai conservé le sens de l'humour!).

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La légende : "1) Nous dans notre jeunesse" et "2) Nous en maison de retraite!!"

19 mars 2007

Emigration russe et vie locale

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Cachet de la "Société des amateurs de culture russe" de la bourgade du Pont de Chéruy, située à 80 kilomètres de Grenoble.
Cachet apposé sur un livre d' Arkadi Avertchenko édité dans les années vingt en France. Le cachet porte le numéro 3 d'une bibliothèque d'association. Preuve de la vivacité et de l'importance des arts et des lettres pour une émigration russe dispersée dans toute la France (et pas seulement à Paris dans le quinzième arrondissement!).

01 février 2007

Catéchisme orthodoxe

Cinquième tome du "Catéchisme orthodoxe" édité aux éditions YMCA-PRESS en 1958 par un collectif d'auteurs théologiens, membres du clergé ou laïcs.
Ces livres brochés ont servi de base à l'enseignement du catéchisme orthodoxe dans presque toutes les écoles "du jeudi" de l'émigration russe en France de l'après-guerre


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Ces livres sont illustrés par le fils du célèbre peintre, illustrateur et décorateur russe émigré Mstislav Doboujinsky.
Rostislav Doboujinsky était illustrateur comme son père.
Dans le comité de rédaction ayant participé aux cinq tomes on retrouve Pierre Kovalevsky, Jean Meyendorf, Georges Spassky

28 décembre 2006

Exposition Pouchkine 1937

Célèbre affichette de l'exposition "Pouchkine 1837-1937" organisée par Serge Lifar salle Pleyel à Paris du 16 mars au 15 avril 1937.

Dessin de Jean Cocteau.

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"L'être humain porte profondément en soi un sentiment mystique et subconscient. Quiconque ne possède pas d'intimes vibrations est un être pauvre, infécond et demeure fermé aux Mystères de la Vie et de l'Univers. La religion est une extériorisation formelle de cet instinct suprême. Chacun de nous a son dieu, ses idoles et c'est la raison pour laquelle ils sont si nombreux. Autour de Dieu - seul et invisible - l'homme dresse tout un Panthéon de divinités. Eschyle a dit :
-Les dieux sont les sourires de la Divinité; les hommes sont ses larmes.
Nul n'a créé tant de dieux que les Grecs, sages entre les sages. Le plus beau, le plus clair, le plus lumineux de l'Olympe est Apollon, chef des Muses éthérées, Musagète protecteur des Arts.

La Russie a son Dieu, son Apollon : Pouchkine qui, plus inspiré que tout autre a su enflammer le coeur du peuple. Je vénère Pouchkine, animateur de ma vie. Sa sagacité m'enrichit, apporte lumière et bonheur dans mes créations, immatérialise mon effort. Les générations passionnées de Pouchkine deviennent de plus en plus nombreuses et notre joie est grande de voir que notre foi a gagné l'Univers.
Grâce à Pouchkine, les Russes ont leur Parnasse.

Les objets ayant appartenu au poète sont imprégnés d'esprit qu'ils nous communiquent, prenant ainsi figure de symboles et nous enrichissent de tout un passé d'espérances et de larmes, de combats et d'extases.
En voyant les pistolets que Pouchkine et son adversaire braquèrent l'un sur l'autre, n'est-on pas saisi d'émotion comme devant le fauteuil où Molière expira?
Il ya cent ans, le 9 février 1837, était tué dans un funeste duel notre génie national.

Notre but, en réunissant pieusement les manuscrits et les objets familiers de Pouchkine, est de recréer pour le visiteur l'ambiance dans laquelle vécut le poète.

Serge Lifar.

L'exposition sera ouverte tous les jours, du 16 mars au 15 avril, de 14h. à 23 h.au Foyer de la Salle Pleyel.
Des conférences seront données quatre fois par semaine par les plus grands écrivains français et russes, perpétuant le culte de Pouchkine.


Voir photo plus grande sur bibliophilie russe

22 décembre 2006

Tapuscrit "Souvenirs sur la famille impériale"

Texte écrit à la machine et orné de nombreuses cartes de la famille impériale russe. Souvenir de Mme Gorboff, de son enfance et de sa jeunesse, souvenirs marqués par la famille impériale et surtout Alexis le tsarevitch.
Texte situé à Paris en 1924 et resté non publié comme des milliers d'ouvrages de souvenirs, poésie, essais etc écrits par les émigrés russes arrivés en Europe occidentale dans les années 20.

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Le tsarevitch Alexis

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15 décembre 2006

"Les premiers pas"

Livre édité en France pour apprendre aux enfants russes à écrire dans leur langue maternelle

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Des dizaines de milliers d'enfants sont arrivés en France, dont beaucoup en âge pré scolaire. Les écoles russes ont fleuri dans la plupart des paroisses orthodoxes. Des écoles, pensionnats et lycées russes ont été créés.
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Ce petit livre ne porte pas de date d'édition mais pourrait dater des années 20-30. Le texte reproduit des proverbes russes.
Un détail permet de classer cette édition dans les ouvrages de l'émigration russe : le prix "15 c" imprimé au dos.
Ceci dit il pourrait s'agir ( mais moins probablement) de cents américains.

L'ancienne orthographe est conservée.
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12 décembre 2006

Le sac des EDITEURS REUNIS!

L'immuable sac plastique de la librairie russe de Paris "Les Editeurs réunis". Librairie des éditions YMCA-PRESS.

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Le sac est resté inchangé depuis les années 70. Seule concession à la modernité; l'ajout d'une adresse e-mail! Pendant toute l'époque soviétique, la librairie des "Editeurs Réunis" était celle de l'émigration russe à Paris par opposition à la librairie du Globe, située rue de Buci dans le quartier de l'Odéon, qui était considérée comme une vitrine de l'ambassade d'URSS.
Les rares touristes soviétiques qui osaient s'aventurer dans la librairie pour découvrir les ouvrages interdits dans leur pays, évitaient d'arborer ce sac dans la rue par peur des agents de l'ambassade soviétique.

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