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Livre

  • Parution d'un livre sur le cimetière russe de Sainte Geneviève des Bois

     

     

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    « Les amis de l’histoire de Sainte-Geneviève-des-Bois et ses environs », grâce à l’aimable hospitalité de Messieurs Ivan et Nicolas de Boishue, ont le plaisir de vous inviter le vendredi 9 janvier 2009 à 11H00 à la Maison russe, pour la présentation de leur livre :

     

     « LA NECROPOLE RUSSE DE SAINTE-GENEVIEVE-DES-BOIS »

     

    Cet ouvrage, réalisé  avec le soutien de la municipalité, retrace la vie d’environ 250 personnalités diverses.

     

    Merci de confirmer votre présence en téléphonant au 01 69 04 22 01 ou par mail georges.lelu91@free.fr avant le 5 janvier 2009.

     

    Maison Russe, 1 rue de la Cossonnerie, 91700 Ste-Geneviève-des-Bois.

     

    Le livre est disponible à la librairie russe des "Editeurs Réunis"

    11, rue de la Montagne Sainte Geneviève, 75005 Paris

    Tel : 01 43 54 74 46

     

     

     

  • Rue des Boutiques Obscures

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    Appartement de russes émigrés à Paris dans le quinzième arrondissement en 1935, dessiné par un enfant.
    " A mon cher papa, le jour de son anniversaire"

    Voici quelques très belles pages extraites du roman de Patrick Modiano "Rue des Boutiques Obscures". Le héros amnésique est à la recherche de son passé.

     En quelques phrases Modiano transmet cette douceur et cette tristesse diffuses propres au monde déjà disparu des émigrés russes des années d'après-guerre.

     

    "Il sortait de l’épicerie, un sac en papier à la main.

    - Monsieur Stioppa de Djagoriew ?

       Il eut vraiment l’air surpris. Nos têtes étaient à la même hauteur, ce qui m’intimidait encore plus.

    -         Lui-même. Mais qui êtes vous ?

    Non, il ne me reconnaissait pas. Il parlait le français sans accent. Il fallait être courageux.

    -         Je … je voulais vous voir depuis … longtemps …

    -         Et pourquoi, monsieur ?

    -         J’écris …j’écris un livre sur l’Emigration …Je …

    -         Vous êtes russe ?

    C’était la seconde fois qu’on me posait cette question. Le chauffeur de taxi me l’avait posée lui aussi. Au fond, peut-être l’avais-je été, russe.

    -         Non.

    -         Et vous vous intéressez à l’Emigration ?

    -         Je … Je … j’écris un livre sur l’Emigration. C’est … C’est … quelqu’un qui m’a conseillé d’aller vous voir … Paul Sonachitzé …

    -         Sonachitzé … non …

    Il prononçait à la russe. C’était très doux : le bruissement du vent dans les feuillages.

    -         Un nom géorgien … Je ne connais pas …

    Il fronçait les sourcils.

    -         Sonachitzé …non …

    -         Je ne voudrais pas vous déranger, monsieur, Juste vous poser quelques questions.

    -         Mais ce serait avec le plus grand plaisir …

    Il souriait, d’un sourire triste.

    -         Un sujet tragique, l’Emigration … Mais comment se fait-il que vous m’appeliez Stioppa ? …

    -         Je …ne …je …

    -         La plupart des gens qui m’appelaient Stioppa sont morts. Les autres doivent se compter sur les doigts d’une main.

    -         C’est …ce Sonachitzé …

    -         Connais pas.

    -         Je pourrais … vous poser … quelques questions ?

    -         Oui. Voulez vous venir chez moi ? Nous parlerons.

     

    Rue  Julien-Potin, après avoir passé une porte cochère, nous traversâmes un square bordé de blocs d’immeubles. Nous prîmes un ascenceur de bois avec une porte à double battant munie d’un grillage. Et nous devions, à cause de nos tailles et de l’exiguïté de l’ascenseur, tenir nos têtes inclinées et tournées chacune du côté de la paroi, pour ne pas nous toucher du front.

       Il habitait au cinquième étage un appartement composé de deux pièces. Il me reçut dans sa chambre et s’allongea sur le lit.

    -         Excusez-moi, me dit-il. Mais le plafond est trop bas. On étouffe quand on est debout.

       En effet, il n’y avait que quelques centimètres entre ce plafond et le haut de mon crâne et j’étais obligé de me baisser. D’ailleurs, lui et moi, avions une tête de trop pour franchir l’embrasure de la porte de communication et j’ai imaginé qu’il s’y était souvent blessé le front.

    -         Vous aussi, allongez-vous … si vous voulez … Il me désignait un petit divan de velours vert clair, près de la fenêtre.

    -         Ne vous gênez pas … vous serez beaucoup mieux allongé … Même assis, on se croit dans une cage trop petite … Si, si …allongez vous …

    Je m’allongeai.

    Il avait allumé une lampe à abat-jour rose saumon qui se trouvait sur la table de chevet et cela faisait un foyer de lumière douce et des ombres au plafond.

    -         Alors, vous vous intéressez à l’Emigration ?

    -         Beaucoup.

    -         Mais pourtant vous êtes encore jeune …

    -         Jeune ? Je n’avais jamais pensé que je pouvais être jeune. Un grand miroir avec un cadre doré était accroché au mur, tout près de moi. J’ai regardé mon visage. Jeune ?

    -         Oh …je ne suis pas si jeune que cela …

    Il y eu un moment de silence. Allongés tous les deux de chaque côté de la pièce, nous ressemblions à des fumeurs d’opium.

    -         Je reviens d’un service funèbre, me dit-il. Dommage que vous n’ayez pas rencontré cette très vieille femme qui est morte … Elle aurait pu vous raconter des tas de choses … C’était une des personnalités les plus remarquables de l’Emigraton …

    -         Ah bon ?

    -         Une femme très courageuse. Au début, elle avait créé un petit salon de thé, rue du Mont-Thabor, et elle aidait tout le monde… C’était très difficile…

    Il s’assit sur le rebord du lit, le dos voûté, les bras croisés.

    -         J’avais quinze ans à l’époque…Si je fais le compte, il ne reste plus grand monde…

    -         Il reste…Georges Sacher…, dis-je au hasard.

    -         Plus pour très longtemps. Vous le connaissez ?

    Etait-ce le vieillard en plâtre ? Ou le gros chauve à tête de Mongol ?

    -         Ecoutez, me dit-il. Je ne peux plus parler de tout ça… ça me rend trop triste… Je peux simplement vous montrer des photos… Il y a les noms et les dates derrière… vous vous débrouillerez…

    -         Vous êtes vraiment gentil de vous donner tant de mal.

    Il me sourit.

    -         J’ai des tas de photos… J’ai mis les noms et les dates derrière parce qu’on oublie tout…

    Il se leva et, en se courbant, passa dans la pièce voisine.

    Je l’entendis ouvrir un tiroir. Il revint, une grande boîte rouge à la main, s’assit par terre, et appuya son dos au rebord du lit.

    -         Venez vous mettre à côté de moi. Ce sera plus pratique pour regarder les photos.

    Je m’exécutai. Le nom d’un confiseur était gravé en lettres gothiques sur le couvercle de la boîte. Il l’ouvrit. Elle était pleine de photos.

    -         Vous avez là-dedans, me dit-il, les principales figures de l’Emigration.

    Il me passait les photos une par une en m’annonçant le nom et la date qu’il avait lus au verso, et c’était une litanie à laquelle les noms russes donnaient une sonorité particulière, tantôt éclatante comme un bruit de cymbales, tantôt plaintive ou presque étouffée. Troubetskoï. Oberliani. Cheremeteff. Galitzine. Eristoff. Obolensky. Bagration. Tchavtchavadzé… Parfois, il me reprenait une photo, consultait à nouveau le nom et la date. Photos de fête. La table du grand-duc Boris à un gala du Château-Basque, bien après la Révolution. Et cette floraison de visages sur la photo d’un dîner « blanc et noir » de 1914…Photos d’une classe du lycée Alexandre de Pétersbourg.

    -         Mon frère aîné…

    Il me passait les photos de plus en plus vite et ne les regardait même plus. Apparemment, il avait hâte d’en finir. Soudain je m’arrêtai sur l’une d’elles, d’un papier plus épais que les autres et au dos de laquelle il n’y avait aucune indication.

    -         Alors ? me demanda-t-il, quelque chose vous intrigue, monsieur ?

    Au premier plan, un vieil homme, raide et souriant, assis sur un fauteuil. Derrière lui, une jeune femme blonde aux yeux très clairs. Tout autour, de petits groupes de gens dont la plupart étaient de dos. Et vers la gauche, le bras droit coupé par le bord de la photo, la main sur l’épaule de la jeune femme blonde, un homme très grand, en complet prince-de-galles, environ trente ans, les cheveux noirs, une moustache fine. Je crois vraiment que c’était moi.

    Je me suis rapproché de lui. Nos dos étaient appuyés au rebord du lit, nos jambes allongées par terre, nos épaules se touchaient.

    -         Dites moi qui sont ces gens-là ? lui ai-je demandé.

    Il a pris la photo et l’a regardée d’un air las

    -         Lui c’était Giorgiadzé…

    Et il me désignait le vieux assis sur le fauteuil.

    -         Il a été au consulat de Géorgie à Paris, jusqu’à ce que…

    Il ne finissait pas sa phrase comme si je devais comprendre la suite instantanément.

    - Elle, c’était sa petite-fille…On l’appelait Gay…"

     

    Patrick Modiano "Rue des Boutiques Obscures" ed Gallimard 1978

  • Armée blanche - Portraits d'officiers russes

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    Armée blanche - Portraits d'officiers russes (1917-1922) par Vitaly Joumenko

    Vient de sortir en tirage limité !
    Album de 560 pages, comprenant plus de 800 photographies
    pour la plupart inédites. Edition Ymca-Press. Disponible au prix de 70 euros.

    Frais de port en sus :
    12 € pour la France, 24 € pour l'Europe et 34 € pour les USA.
    Commandes à expédier à Andrei Korliakov
    16, rue Frémicourt, 75015 Paris, France
    tel.: 06 10 39 04 35



    Le livre est également disponible à la librairie des "Editeurs Réunis" 11, rue de la Montagne Sainte Geneviève 75005 Paris -Métro Maubert-Mutualité.

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    Une introduction étonnante de sincérité de l'auteur Vitaly Joumenko :

    " L’idée de la publication de cet album est née en 1997 quand je fis la connaissance d’Andrei Korliakov, créateur des célèbres livres-albums sur la vie de l’émigration russe. Auparavant, je recherchais des photographies d’officiers russes pour moi, sans y mettre trop d’enthousiasme. Ma collection débuta en 1982 sur l’incitation d’un grand ami de Saint-Pétersbourg, l’historien Paul Constantinovitch Kornakov, qui apprécia mon intérêt et me transmit, tirées de ses archives cachées, une quarantaine de photographies de généraux et d’officiers des armées blanches. Voyant qu’à Paris j’étais le seul à m’y intéresser et qu’en Russie, dans la nouvelle Russie, seules quelques personnes s’intéressaient à la Première Guerre mondiale et à la guerre civile, je n’étais pas pressé de publier les documents accumulés.

    Mon propre intérêt pour les « Blancs » est apparu plus tôt. À six ans, je rêvais d’eux. C’est arrivé ainsi. En 1966, mes parents travaillaient dans les steppes kalmoukes à la recherche de pétrole. Dans le village d’Oulan-Khol, on projetait le célèbre film Tchapaiev. La salle était emplie d’enfants, d’adolescents. Les adultes ne regardaient pas cette bêtise. Un groupe de jeunes Kalmouks fit tellement de bruit et tapa si fort des pieds au rythme des tambours des Blancs que la projection fut interrompue (un cas identique est décrit dans les souvenirs de Lydia Nord). Et à la fin du film, quelqu’un cria : « Noyez-le, ce p... de chacal ! » Le lendemain, on jouait aux Cosaques et aux brigands. Avant, dans chacune des bandes, il y avait des Russes et des Kalmouks, mais ce jour-là, nos chers Kalmouks ne voulurent pas se mélanger et rejetèrent tous les enfants russes dans la bande des brigands. C’était un signe. Les enfants kalmouks comprenaient certaines choses mieux que leurs camarades russes du même âge, et ils avaient un secret qui nous était inconnu. Pendant la guerre civile, ce petit peuple s’était levé comme un seul homme contre les « Rouges ». Les Kalmouks disaient : « Nous n’aurons aucun pardon des Rouges, notre gueule est trop contre-révolutionnaire. »

    De retour au Caucase dans la colonie allemande Aleksandrovskaia, près de Naltchik, j’ai été élevé par mon inoubliable grand-mère, vieille Cosaque du Terek, Marie Mitrophanovna Sivatchev, née Goriatchev, de Vladicaucase. Ses récits sur la guerre civile et la nouvelle vie étaient atroces, ils me faisaient peur. Avant la maudite révolution, à Vladicaucase et dans le village de Loukovsk vivaient jusqu’à quinze familles de nos parents. De solides familles cosaques. Arriva une catastrophe : une nouvelle guerre, les exécutions, la torture, la famine et la répression. La nouvelle vie coûta cent cercueils à nos proches. Un deuil permanent, que des enterrements, des cris et des pleurs. Six frères, vingt oncles, plusieurs dizaines de cousins et cousines furent tués, sont morts sous la torture, de faim, de maladie. Mon arrière-grand-père Mitrophane Andréievitch Goriatchev, un Cosaque respecté à Vladicaucase, mourut de faim et son corps resta longtemps à se dessécher dans la maison, car il n’y avait personne pour le retirer et l’enterrer. Vers 1933, sur quatorze personnes d’une grande famille, très unie et travailleuse, il ne resta que deux. C’est la tragédie d’une seule famille. Et combien y avait-il de familles comme la nôtre sur le territoire de la Russie ?

    Les officiers russes présentés dans cet album étaient les défenseurs des peuples de la Russie. Ils étaient pourchassés et exterminés par leurs propres compatriotes, enivrés par l’idée de construire le paradis sur terre, sans riches ni pauvres, sans chefs ni subordonnés. Les retombées de cette tragédie sont terrifiantes, peut-être même mortelles pour les Russes. En effet, en 2005, comme en 1917, il y avait 125 millions de Russes, alors que, vers 2000, leur nombre aurait pu atteindre un milliard. Quel triste épilogue de tant d’espoirs et de souffrances !

    Les combattants russes, les officiers blancs et cosaques vaincus par les bandes rouges, sont sortis vainqueurs moraux de ce combat. Ils ont quitté la Russie dévastée en emportant avec eux l’éternelle lumière de l’espoir, l’espoir d’une lutte qui se poursuivra et l’espoir que le peuple russe malade trouvera en lui la force d’arracher la méduse rouge figée en son cœur et ainsi de sauver la patrie mortifiée.

    Que les historiens spécialistes ne se fâchent pas s’ils trouvent dans mon album des photographies qui leur sont connues. En faisant ma sélection, je n’ai pas pris en considération le fait que tel ou tel cliché ait déjà été publié. Je voulais rendre l’image de la cohorte des héros immortels telle que je la vois.

    Je tiens à présent à aborder un point essentiel et à dire quelques mots sur mes fidèles amis qui ont contribué à réaliser cet album avec moi. Andreï Korliakov, l’auteur des livres-albums bien connus qui nous ont ouvert une fenêtre sur le passé des émigrés russes. Au cours de ces deux dernières années, il a préparé et imprimé l’ensemble de cet album, de la première à la dernière page, y compris la couverture. Il a restauré des centaines de photographies et fourni plus de cent cinquante documents de sa propre collection. Gérard Gorokhoff, qui collabore à différentes revues d’histoire militaire, a pris le temps de traduire en français et en anglais plus de deux mille légendes de photographie ; le journaliste Anatole Kopeikine ainsi que Mikhaël Novikov ont révisé le texte russe. René Clémenti-Bilinsky et Lenny Borger ont vérifié les textes français et anglais. Tatiana Pruzan a traduit en français l’introduction. Cette introduction, qui nous raconte l’histoire de la lutte des Blancs, a été rédigée par l’historien russe Sergueï Wolkov (de Moscou). Enfin, et non des moindres, le soutien financier fourni sur ses fonds propres par l’historien et critique d’art Alexis Rastorgouev (Moscou)."