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Littérature

  • Emigrantchtchina

     

     

    Emigrantchtchina

     

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     (Riznitsa de l'église de Vladimir Smolensky. Paroisse de la Pésentation de la Vierge au Temple, rue Olivier de Serres à Paris.)

     

     

     

    Emigrantchtchina

     

     

    Une ampoule nue éclaire la cuisinière à gaz, elle est accrochée à un fil torsadé trop long, luisant de graisse de cuisine. La lumière est tamisée par un dépôt gras et collant. Quelques bouteilles étoilées de vin du Rocher encombrent l'étroit espace entre la table et le mur, sur l'étagère parmi les pots et les piles de journaux, un œuf rouge duveté de poussière et un moule à paskha en bois marqué d'une croix orthodoxe se tiennent compagnie.

    En sortant de la cuisine il faut se déplacer avec précaution pour arriver à la chambre, longer un couloir dont les murs sont couverts par un assemblage d'étagères disparates, disposées les unes sur les autres au fur et à mesure des besoins. La porte ne s'ouvre pas complètement, elle est bloquée par une multitude de sacs accrochés et une pile de Figaro plaqués contre le mur. Un caddy écossais aux roues rafistolées surmonte le tout.

    Le silence de la rue Lacretelle accentue le malaise. La chambre se découvre comme une tombe cachée au fond d'une pyramide. Un amoncellement de livres recouvre tout l'espace autour d'un lit recouvert d'un tissu à fleurs de mauvais goût. Les gros dictionnaires soutiennent des planches curieusement penchées, des centaines de livres en rangées, en piles, en vrac semblent tous pencher dans le sens opposé pour rétablir un équilibre instable, quelques albums coincés droit entre deux planches retiennent des vagues des petits recueils de poésie écrasés par le poids de leurs voisins, les étagères du haut sont noyées de poussière, une neige grise uniforme et douce qui protège tout.

    Tout en bas, près de l'oreiller, un petit coin abrite les icônes, elles aussi sont blotties les unes contre les autres, une petite population de saints guerriers ou ascétiques entourent une icône de la Vierge. Un ange aux ailes rabattues comme un oiseau qui s'est posé trop vite occupe une place particulière, à ses pieds une petite coupelle d'huile verdâtre avec une mèche noircie, des petits cierges jaunes tordus et presque entièrement consumés, des branches de buis desséchées.

     Ici vivait un célèbre poète de l'émigration russe, Vladimir Smolensky, mort en 1961 et aujourd'hui oublié. Il travaillait dans une usine métallurgique, devint comptable, vécut dans la pauvreté.

     - «Je suis comptable chez un marchand de vin, autrement dit «je compte les bouteilles des autres!», disait il à Zinaïda Schakovskoy.

    Mon propos n'est pas de magnifier une fois de plus les « poètes maudits » mais d'essayer de dissiper un malaise tant de fois ressenti.

     Ce petit monde des émigrés russes fut le mien à Paris dans les années 60/70 avec ses paroisses, ses écoles russes, ses épiceries et ses associations. Leur Russie n'était plus réelle et leur vie était maintenant enracinée dans leurs pavillons de banlieue. Ce monde avait ses repères, Sainte Geneviève des bois et l'incongrue statue d'un éléphant blanc qui servait d'indicateur lorsque l'on arrivait de Paris, la Pensée russe pour sa rubrique nécrologique, l'épicier arménien que l'on disait « russe » par habitude, la librairie des Editeurs Réunis qui n'était pas « soviétique », et bien sûr « Daru », « Saint Serge »  « Olivier » ou « Exelmans ».

    Les enfants allaient aux camps de l'ACER ou des Vitiaz et hissaient les couleurs russes en criant «Pour la Russie et pour la foi !» sans imaginer un seul instant la réalité de ce pays si éloigné d'eux. Leur vie était ici, entre le feu de camp, l'orchestre de balalaïka et le sentiment d'être « à part » d'être russes comme on serait membre d'une société secrète ayant ses rites jalousement gardés, ses rivalités et son histoire. Et leur histoire est ancrée ici en France, bercée par des livres en russe qu'ils ne lisent pas, qui appartenaient à Baboulia qui ne les ouvrait plus ; sur sa table de nuit traînait un Simenon qu'elle ne terminait jamais. Les enfants accompagnaient leur grand-mère à l'église le Jeudi Saint, pour les 12 évangiles, il y avait toujours ce vieux cosaque qui arrivait en retard et qui parlait trop fort pour demander si on avait déjà lu le passage du « brigand ». Après, ils sortaient dans la rue portant une bougie allumée protégée par un verre en carton. Dans le wagon du métro, ils remarquaient d'autres enfants comme eux, des personnes âgées tenant un petit gobelet à la lumière tremblotante comme celle d'un lampion. Il fallait ramener la bougie à la maison sans qu'elle ne s'éteigne, un jeu autorisé une seule fois dans l'année !

     Les grands-parents parlaient assez peu de la Russie. Ils allaient aux réunions littéraires, religieuses ou politiques pour retrouver Anna Petvovna, ou Lioubotchka arrivée de Montauban. Ils gardaient leurs souvenirs pour eux mais publiaient parfois à compte d'auteur des mémoires tirés à 200 exemplaires et offerts le plus souvent à la même Lioubotchka et Anna Petrovna.

    Ils parlaient un russe aujourd'hui totalement oublié, émaillé d'expressions françaises, pour se renseigner sur le nombre de places qu'il restait dans la tombe de Boris Glebovitch à Sainte Geneviève des bois, ou sur la difficulté de trouver du fromage blanc bien sec pour la paskha.

    Ils ont vécu en oubliant un retour possible chez eux, comme une jeunesse que l'on ne retrouve jamais. Comme beaucoup de ceux qui ont traversé les profonds traumatismes de la guerre et de l'émigration, ils ont essayé de transmettre à leurs petits-enfants une certaine légèreté de la vie plutôt qu'un patriotisme pour un pays disparu. Chacun gardait sa Russie en lui qu'il retrouvait en lisant Bounine, Smolensky ou en visitant ses camarades de guerre.

     Aujourd'hui l'émigration russe est l'objet de colloques, d'études et de publications, la Russie retrouve son histoire passée et se réapproprie l'immense héritage artistique, littéraire laissé par ses émigrés. Les chercheurs font un travail extraordinaire, passionné et sincère, mais ils ne sont pas les seuls à se pencher sur cette question. Les médias officiels russes avec le soutien des autorités ont entrepris depuis quelques années de glorifier une émigration dont ils donnent une image  officielle  noyée dans un pathos patriotique et centrée sur le thème de la « réconciliation ». Une armée blanche mythifiée, des transferts de tombes en grande pompe, des séries télévisées, rien n'est négligé pour affirmer que cette émigration est avant tout russe et que seule la Russie a la légitimité de la représenter. Rémizov, Bounine, Dénikine, Koltchak, Wrangel, Rachmaninoff sont récupérés sans états d'âme, mais parmi eux on ne retrouve jamais le père Igor trainant son caddy à provisions en remontant la rue Lacretelle, se dépêchant de rentrer à temps pour le match de foot.

     C'est ici, en France qu'il faut construire une histoire des émigrés russes, sauvegarder le souvenir de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils ont créé. Longtemps nous avons parlé de « conservation » par les émigrés d'une Russie dévastée par la révolution, il est temps de parler de l'immense richesse apportée à la France par ce petit peuple. Il est temps de préserver leur mémoire à eux où la rue Lacretelle, les usines Renault où ils ont travaillé, les églises construites dans des garages auraient une petite place, bien loin de la Place Rouge.

     En 2017 la Russie va « commémorer » l'anniversaire de la révolution. Cette date n'est pas si lointaine maintenant. Nous allons de nouveau assister à la glorification de cette Russie unie parlant à l'unisson de New-York à Magadan en passant par Paris, Prague ou Berlin !

    Des « représentants » triés sur le volet pour leur amour de la mère patrie vont se rendre à Moscou les valises pleines d'archives qu'ils offriront devant les caméras à des représentants du ministère de la culture avant de se rendre à une réception, recevoir une médaille et rencontrer M. Poutine en personne.

     Ce petit texte, certes un peu confus, n'est pas polémique, il est simplement le reflet d'une grande tendresse et profonde tristesse pour un monde qui disparait à mille lieues des fastes du Kremlin.

     Dépêchons nous de sauvegarder, ici en France, ce qui reste de nos souvenirs d'enfance, de préserver les traces de tous les père Igor, Lioubotchka ou Boris Glebovitch. Travaillons avec les chercheurs russes, malgré parfois la désagréable impression de voir la vie de nos familles observée comme insecte sous la loupe. Unissons nos efforts pour préserver ici tout ce qui peut l'être encore.

     Ici en France personne ne le fera à notre place.

     

     

     

     

     

     

     

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    Lisez ici sur le même thème un très beau texte de Charlotte Waligora

     

     

     

  • Exposition au Musée du Montparnasse- Les artistes russes hors frontière

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    Exposition au Musée du Montparnasse du 21 juillet au 31 octobre 2010.
    Les artistes russes hors frontière. (Художники русского зарубежья)
    21, avenue du Maine 75015 Paris, tél : 01 42 22 91 96, email : museedumontparnasse@wanadoo.fr , Métro : Montparnasse- Bienvenue (sortie 2).
    Tous les jours (sauf lundi) de 12h à 19h30
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    Georges Annenkov "Les fortifications"
    Le Musée du Montparnasse est installé dans l'ancien atelier de l'artiste russe Marie Vassilieff. A cet endroit Marie vassilieff avait également installé une cantine pour venir en aide aux artistes dans le besoin.
    Les tableaux présentés font partie de la collection de Georges Khatsenkov. Vladimir et Georges Hofmann, experts en art russe et spécialistes du peintre Georges Annenkov ont rédigé le catalogue richement illustré de l'exposition.
    L'exposition présente de nombreux tableaux exceptionnels dont le paysage de Georges Annenkov illustré plus haut, un Bakst curieux, des Marie Vassilieff magiques et drôles, un sombre et rouge Iacovleff. Zinaida Serebriakova est représentée par un nu de la période marocaine.
    Un seul défaut ; l'absence dans les vitrines de photos, dessins, gribouillis, catalogues d'époque, livres etc etc... dont nous sommes tous très friands!
    Liste des peintres présentés :
    Boris Anisfeld, Georges Annenkov, Alexeï Arapoff, Ivan Babiï, Léon Bakst, Boris Chaliapine, Pavel Chmaroff, Sonia Delaunay, Lydia Dmitrievsky, Robert Falk, Grigory Gluckmann, Pierre Grimm, Constantin Gorbatov, Alexandre Iacovleff, Serge Ivanoff, Nicolaï Kalmakoff, Moïse Kisling, Piotr Kontchalovsky, Pinkus Krémègne, André Lanskoy, Nadia Léger, Tamara de Lempicka, Aristakh Lentoulov, Sonia Lewitska, Mane-Katz, Mania Mavro, Vladimir Naïditch, Boris Pastoukhoff, Elie Anatole Pavil, Jean Peské, Georges Pogedaieff, Liuobov Popova, Ivan Pougny, Véra Rockline, Alexandre Roubtzoff, Olga Sacharoff, Zinaïda Serebriakova, Nicolaï Sinezouboff, Daniel Stepanov, Marc Sterling, Féodor Stravinsky, Léopold Survage, Pavel Tchelitchew, Tchistovsky, Constantin Terechkovitch, Marie Vassilieff, Ossip Zadkine...

  • Colloque international à Strasbourg

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    Du 30 septembre 2009 au 2 octobre 2009, Université de Strasbourg
    Figures de l'émigré russe en France au XIXe et XXe siècle. Fiction et réalité

    Colloque international


    du 30 septembre au 2 octobre 2009 Université de Strasbourg bâtiment Le Portique, salle 409

    Groupe de recherches « Europe des Lettres », dans le cadre de l'équipe d'accueil Configurations littéraires (EA 1337)



    Programme


    Mercredi 30 septembre


    à partir de 8:45 h accueil des participants

    9:00h ouverture officielle du colloque


    9:30h S. Philonenko / T. Victoroff / Ch. Krauss: présentation de la problématique


    I. L'émigration russe en France : multiples visages

    10:00h – 11:00h (président de séance : Pierre Hartmann)

    Nikita Struve (Université Paris 10) : Les trois vagues de l'émigration russe consécutives à la révolution (1918-1988)

    Dominique Desanti (Paris) : Le regard d'une adolescente française sur les intellectuels russes émigrés dans les années 30

    11:00h – 11:30h pause

    11:30h – 12:30h

    Andrei Korliakov (Paris) : Le grand exode russe : tous les chemins mènent en France (Présentation de l'exposition de photos)

    Hélène Ménégaldo (Université de Poitiers) : Entre stéréotypes et clichés : l'émigré russe et ses avatars

    12:30h – 14:30h midi

    II. Figures de l'émigré russe dans la France du XIXe siècle

    14:30h – 16:00h (président de séance : Jean-Pierre Morel)

    Michel Cadot (Université Paris 3) : Le général Dourakine de la comtesse de Ségur, et le prince Noronsoff de Jean Lorrain. Deux figures romanesques franco-russes.

    Charlotte Krauss (Université de Strasbourg) : Les dangereux attraits de l'émigrée russe, vus par la fiction française de Balzac à Lorrain

    Véra Milchina (Université en sciences humaines de Moscou, Russie) : Réécrire les Mémoires d'outre-tombe. La réception insolite de l'oeuvre de Chateaubriand par un émigré russe, Wladimir Pétcherine

    16:00 – 16:30h pause

    16:30h – 18:00h (président de séance : Michel Cadot)

    Eléonore Reverzy (Université de Strasbourg) : Fonctions du révolutionnaire: le personnage de Souvarine dans Germinal de Zola

    Françoise Genevray (Université Lyon 3) : « Ici finit tout noble souvenir » : Herzen en France

    Yves-Michel Ergal (Université de Strasbourg) et Marie-José Strich (Paris) : Née Rostopchine : la Comtesse de Ségur

    19:00h Réception au consulat de Russie


    Jeudi 1er octobre

    III. Nouvelles rencontres : regards russes, regards français

    9:00h – 10:30h (président de séance : Pascal Dethurens)

    Jean-Pierre Ricard (Bordeaux) : Du boyard au rastaquouère : avatars d'un stéréotype dans le roman populaire français à la fin du XIXe siècle

    Cynthia Evariste (Paris) : Les Duchesses russes, ces « coeurs purs », dans le théâtre français des années 1920-1930

    Alexandre Bourmeyster (Université de Grenoble) : L'émigré russe des "années folles" à Paris, dans l'oeuvre de Joseph Kessel

    10:30h – 11:00h pause

    11:00h – 12:30h (président de séance : Nikita Struve)

    Régis Gayraud (Université Clermont-Ferrand 2) : Iliazd ou le refus de l'émigration

    Martina Stemberger (Université de Vienne, Autriche) : «Paris, c'est notre but à tous, n'est-ce pas ?» Exils russes chez Paul Morand

    Nicolas Di Méo (Université de Strasbourg) : Entre décadence et appel de la patrie : les émigrés russes chez Paul Morand

    12:30h – 14:30h midi

    IV. La première vague d'émigration au féminin

    14:30h – 16:00h (président de séance : Hélène Ménégaldo)

    Sonia Philonenko (Université de Strasbourg) : Nadiejda Teffi – La condition d'émigré à travers le prisme du discours

    Gayaneh Armaganian (ENS Lyon) : Figures de l'émigré russe dans l'oeuvre de Nina Berberova

    Olga Blinova (Strasbourg) : L'exil dans l'oeuvre de fiction de Zinaida Gippius : entre l'inacceptable et l'irréalisable

    16:00 – 16:30h pause

    16:30h – 18:00h (président de séance : Cécile Vaissié)

    Annick Morard (Université de Genève) : La prose d'Ekaterina Bakounina : une tentative féministe de (re)construction de soi

    Olga Korchevskaïa (Université de Crimée, Ukraine) : L'émigrant russe dans le roman de Jacques Croisé (Zinaïde Schakhovskoy) Sortie de secours : A la recherche d'une identité nationale

    Danièle Beaune-Gray (Université d'Aix en Provence) : A.V. Holstein (1850-1936) : La fiction idéologique dans le miroir de l'émigration

    18:00 – 18:30h pause

    18:30h Soirée lecture en coopération avec l'Action culturelleTextes lus par Hugues de la Salle, Amélie Enon et Kévin Keiss, élèves de l'école du Théâtre National de Strasbourg (Groupe XXXIX, sections dramaturgie et mise en scène)


    Vendredi 2 octobre

    V. Représentations et mises en scène

    9:00h – 10:30h (président de séance : Claude de Grève)

    Michel Aucouturier (Université Paris 4) : L'image de l'émigré russe dans l'oeuvre de Gaïto Gazdanov

    Gervaise Tassis (Université de Genève) : La figure de l'exilé russe dans les romans de Iouri Felzen

    Maria Rubins (Université de Londres) : Figures de l'émigré russe dans les écrits d'Irène Nemirovsky

    10:30h – 11:00h pause

    11:00h – 12:30h (président de séance : Sonia Philonenko)

    Agnès Edel-Roy (Université Paris 3) : L'au-delà nabokovien de l'exil français

    Tatiana Victoroff (Université de Strasbourg) : "J'entendis une voix qui m'appelait" le dialogue d'Anna Akhmatova avec les émigrés

    Michaël Meylac. (Université de Strasbourg) : « Ballets Russes » et « la russification » du ballet mondial

    12:30h – 14:30h midi

    VI. Nouvelles générations et échos de l'émigration russe en France

    14:30h – 16:00h (président de séance : Michel Aucouturier)

    Jean-Pierre Morel (Université Paris 3) : Le rôle de la France dans le Journal 1970-1986 d'Andréï Tarkovski

    Georges Nivat (Université de Genève) : Le mythe de l'émigration chez Soljenitsyne

    Cécile Vaissié (Université Rennes 2) : Saperlipopette ! Victor Nékrassov, Prix Staline et badaud parisien

    16:00h – 16:30h pause

    16:30h – 18:00h (président de séance : Véra Milchina)

    Louba Jurgenson (Université Paris 4) : Enfance de N. Sarraute et La Promesse de l'aube de R. Gary : le récit et la construction d'une identité hybride par deux écrivains émigrés français

    Olga Ouchakova (Université de Tioumen, Russie) : English Contacts of Russian Exiles: Paris as a Cultural Cross-Roads
    Claude de Grève (Université Paris 10) : Les émigrés russes comme acteurs du renouvellement de la critique de la littérature russe en France, au XXe siècle

    18:00h Conclusion

    18:15h Fin du colloque

    Informations pratiques

    contact *

    Charlotte Krauss (ckrauss@unistra.fr)

    Tatiana Victoroff (tatiana.victoroff@gmail.com)


    salle

    14, rue René Descartes - bâtiment Le Portique, salle 409


    programme actualisé

    www.europedeslettres.org


    Responsable : Tatiana Victoroff et Charlotte Krauss (Groupe de recherches « Europe des Lettres », dans le cadre de l'équipe d'accueil
  • Emigration russe Marina Tsvetaeva

     

     

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    Le Messager Orthodoxe, le Vestnik

    et les amis d’YMCA-Press

     

    année 2008-2009

     

    ont le plaisir de vous inviter aux

    soirées consacrées à la culture russe

     

     

                                       

    La prochaine réunion aura lieu 

     

    le lundi 9 février à 18h 30 et sera consacrée à

     

    MARINA  TSVETAEVA

     

              avec la participation des éditeurs du premier volume des œuvres de  Tsvétaéva en français paru en janvier 2009 (Prose autobiographique)                               

    ·        Tsvétan TODOROV (essayiste)

    ·       Véronique LOSSKY

     

     

    Librairie « Les Editeurs Réunis »

    11, rue de la Montagne Sainte –Geneviève

    Paris, 5ème

     

    Métro Maubert-Mutualité

     

    Tsvetaieva, Campagnola 001-1.jpg

     

     

  • Rue des Boutiques Obscures

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    Appartement de russes émigrés à Paris dans le quinzième arrondissement en 1935, dessiné par un enfant.
    " A mon cher papa, le jour de son anniversaire"

    Voici quelques très belles pages extraites du roman de Patrick Modiano "Rue des Boutiques Obscures". Le héros amnésique est à la recherche de son passé.

     En quelques phrases Modiano transmet cette douceur et cette tristesse diffuses propres au monde déjà disparu des émigrés russes des années d'après-guerre.

     

    "Il sortait de l’épicerie, un sac en papier à la main.

    - Monsieur Stioppa de Djagoriew ?

       Il eut vraiment l’air surpris. Nos têtes étaient à la même hauteur, ce qui m’intimidait encore plus.

    -         Lui-même. Mais qui êtes vous ?

    Non, il ne me reconnaissait pas. Il parlait le français sans accent. Il fallait être courageux.

    -         Je … je voulais vous voir depuis … longtemps …

    -         Et pourquoi, monsieur ?

    -         J’écris …j’écris un livre sur l’Emigration …Je …

    -         Vous êtes russe ?

    C’était la seconde fois qu’on me posait cette question. Le chauffeur de taxi me l’avait posée lui aussi. Au fond, peut-être l’avais-je été, russe.

    -         Non.

    -         Et vous vous intéressez à l’Emigration ?

    -         Je … Je … j’écris un livre sur l’Emigration. C’est … C’est … quelqu’un qui m’a conseillé d’aller vous voir … Paul Sonachitzé …

    -         Sonachitzé … non …

    Il prononçait à la russe. C’était très doux : le bruissement du vent dans les feuillages.

    -         Un nom géorgien … Je ne connais pas …

    Il fronçait les sourcils.

    -         Sonachitzé …non …

    -         Je ne voudrais pas vous déranger, monsieur, Juste vous poser quelques questions.

    -         Mais ce serait avec le plus grand plaisir …

    Il souriait, d’un sourire triste.

    -         Un sujet tragique, l’Emigration … Mais comment se fait-il que vous m’appeliez Stioppa ? …

    -         Je …ne …je …

    -         La plupart des gens qui m’appelaient Stioppa sont morts. Les autres doivent se compter sur les doigts d’une main.

    -         C’est …ce Sonachitzé …

    -         Connais pas.

    -         Je pourrais … vous poser … quelques questions ?

    -         Oui. Voulez vous venir chez moi ? Nous parlerons.

     

    Rue  Julien-Potin, après avoir passé une porte cochère, nous traversâmes un square bordé de blocs d’immeubles. Nous prîmes un ascenceur de bois avec une porte à double battant munie d’un grillage. Et nous devions, à cause de nos tailles et de l’exiguïté de l’ascenseur, tenir nos têtes inclinées et tournées chacune du côté de la paroi, pour ne pas nous toucher du front.

       Il habitait au cinquième étage un appartement composé de deux pièces. Il me reçut dans sa chambre et s’allongea sur le lit.

    -         Excusez-moi, me dit-il. Mais le plafond est trop bas. On étouffe quand on est debout.

       En effet, il n’y avait que quelques centimètres entre ce plafond et le haut de mon crâne et j’étais obligé de me baisser. D’ailleurs, lui et moi, avions une tête de trop pour franchir l’embrasure de la porte de communication et j’ai imaginé qu’il s’y était souvent blessé le front.

    -         Vous aussi, allongez-vous … si vous voulez … Il me désignait un petit divan de velours vert clair, près de la fenêtre.

    -         Ne vous gênez pas … vous serez beaucoup mieux allongé … Même assis, on se croit dans une cage trop petite … Si, si …allongez vous …

    Je m’allongeai.

    Il avait allumé une lampe à abat-jour rose saumon qui se trouvait sur la table de chevet et cela faisait un foyer de lumière douce et des ombres au plafond.

    -         Alors, vous vous intéressez à l’Emigration ?

    -         Beaucoup.

    -         Mais pourtant vous êtes encore jeune …

    -         Jeune ? Je n’avais jamais pensé que je pouvais être jeune. Un grand miroir avec un cadre doré était accroché au mur, tout près de moi. J’ai regardé mon visage. Jeune ?

    -         Oh …je ne suis pas si jeune que cela …

    Il y eu un moment de silence. Allongés tous les deux de chaque côté de la pièce, nous ressemblions à des fumeurs d’opium.

    -         Je reviens d’un service funèbre, me dit-il. Dommage que vous n’ayez pas rencontré cette très vieille femme qui est morte … Elle aurait pu vous raconter des tas de choses … C’était une des personnalités les plus remarquables de l’Emigraton …

    -         Ah bon ?

    -         Une femme très courageuse. Au début, elle avait créé un petit salon de thé, rue du Mont-Thabor, et elle aidait tout le monde… C’était très difficile…

    Il s’assit sur le rebord du lit, le dos voûté, les bras croisés.

    -         J’avais quinze ans à l’époque…Si je fais le compte, il ne reste plus grand monde…

    -         Il reste…Georges Sacher…, dis-je au hasard.

    -         Plus pour très longtemps. Vous le connaissez ?

    Etait-ce le vieillard en plâtre ? Ou le gros chauve à tête de Mongol ?

    -         Ecoutez, me dit-il. Je ne peux plus parler de tout ça… ça me rend trop triste… Je peux simplement vous montrer des photos… Il y a les noms et les dates derrière… vous vous débrouillerez…

    -         Vous êtes vraiment gentil de vous donner tant de mal.

    Il me sourit.

    -         J’ai des tas de photos… J’ai mis les noms et les dates derrière parce qu’on oublie tout…

    Il se leva et, en se courbant, passa dans la pièce voisine.

    Je l’entendis ouvrir un tiroir. Il revint, une grande boîte rouge à la main, s’assit par terre, et appuya son dos au rebord du lit.

    -         Venez vous mettre à côté de moi. Ce sera plus pratique pour regarder les photos.

    Je m’exécutai. Le nom d’un confiseur était gravé en lettres gothiques sur le couvercle de la boîte. Il l’ouvrit. Elle était pleine de photos.

    -         Vous avez là-dedans, me dit-il, les principales figures de l’Emigration.

    Il me passait les photos une par une en m’annonçant le nom et la date qu’il avait lus au verso, et c’était une litanie à laquelle les noms russes donnaient une sonorité particulière, tantôt éclatante comme un bruit de cymbales, tantôt plaintive ou presque étouffée. Troubetskoï. Oberliani. Cheremeteff. Galitzine. Eristoff. Obolensky. Bagration. Tchavtchavadzé… Parfois, il me reprenait une photo, consultait à nouveau le nom et la date. Photos de fête. La table du grand-duc Boris à un gala du Château-Basque, bien après la Révolution. Et cette floraison de visages sur la photo d’un dîner « blanc et noir » de 1914…Photos d’une classe du lycée Alexandre de Pétersbourg.

    -         Mon frère aîné…

    Il me passait les photos de plus en plus vite et ne les regardait même plus. Apparemment, il avait hâte d’en finir. Soudain je m’arrêtai sur l’une d’elles, d’un papier plus épais que les autres et au dos de laquelle il n’y avait aucune indication.

    -         Alors ? me demanda-t-il, quelque chose vous intrigue, monsieur ?

    Au premier plan, un vieil homme, raide et souriant, assis sur un fauteuil. Derrière lui, une jeune femme blonde aux yeux très clairs. Tout autour, de petits groupes de gens dont la plupart étaient de dos. Et vers la gauche, le bras droit coupé par le bord de la photo, la main sur l’épaule de la jeune femme blonde, un homme très grand, en complet prince-de-galles, environ trente ans, les cheveux noirs, une moustache fine. Je crois vraiment que c’était moi.

    Je me suis rapproché de lui. Nos dos étaient appuyés au rebord du lit, nos jambes allongées par terre, nos épaules se touchaient.

    -         Dites moi qui sont ces gens-là ? lui ai-je demandé.

    Il a pris la photo et l’a regardée d’un air las

    -         Lui c’était Giorgiadzé…

    Et il me désignait le vieux assis sur le fauteuil.

    -         Il a été au consulat de Géorgie à Paris, jusqu’à ce que…

    Il ne finissait pas sa phrase comme si je devais comprendre la suite instantanément.

    - Elle, c’était sa petite-fille…On l’appelait Gay…"

     

    Patrick Modiano "Rue des Boutiques Obscures" ed Gallimard 1978

  • Dictionnaire biographique de l'émigration russe en France 1919-2000

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    Parution du premier tome du dictionnaire biographique de l'émigration russe en France 1919-2000 en trois volumes.
    Publié en langue russe sous la direction de Lev Mnoukhine, Marie Avril et Véronique Lossky. Edité à Moscou ed Naouka, Musée de Marina Tsvétaeva.
    16 000 notices biographiques, premier tome de 795 pages.

    Premier tome A-K


    Le dictionnaire n'a été publié qu'à 2000 exemplaires. Il est disponible en France à Paris à la libraire russe "Les Editeurs Réunis" au 11, rue de la Montagne Sainte Geneviève, 75005. Métro Maubert-Mutualité.
    Attention la librairie n'a pour l'instant reçu qu'un nombre limité de ce premier volume.
    Le prix est assez élevé : 50 euros le volume.


    " Les résultats d'un travail de plusieurs années d'un groupe de spécialistes russes et français a servi de base à ce travail. Ces spécialistes ont étudié l'histoire de la vie culturelle, scientifique et sociale de l'émigration russe en France (incluant lorsque cela était possible les anciennes colonies, en premier lieu le Maroc et la Tunisie, où l'émigration russe était particulièrement présente).
    Ce travail s'est appuyé sur l'ouvrage collectif : " Emigration russe, chronique de la vie scientifique, culturelle et sociale en France 1919-1975 " en 8 tomes. (Moscou-Paris, 1995-2002). Le glossaire de cette chronique a servi de base au présent dictionnaire.
    La France a joué un rôle historique en tant que centre important de l'émigration russe dans le domaine de la conservation de l'héritage culturel et scientifique.
    Le but de cette édition est de présenter de la façon la plus complète possible la participation personelle des émigrés russes en France à la vie culturelle, sociale et scientifique en France en général et dans la vie de la diaspora russe de ce pays.
    La nouveauté de cette édition réside dans le large spectre chronologique de la vie de la diaspora. Le cadre chronologique de l'analyse a été élargi à tout le XXième siècle.
    Il faut noter que le dictionnaire intègre les personnes arrivées en France dans les 20 ou 30 dernières années. Il intègre également les descendants des émigrés russes qui sont nés en France et n'ont pas perdu leurs liens intérieurs avec leurs racines nationales, qui travaillent dans diverses sphères professionelles, participent activement à la vie sociale ou religieuse du pays ayant accueilli leurs parents ou ancêtres. Le dictionnaire comprend plus de 16 000 notices et informe sur des personnalités qui ne sont pas forcément de premier plan, ( l'information sur leur vie est largement disponible), mais de deuxième et même troisième plan, ce qui permet d'avoir une vision plus large sur le panorama complexe de la vie et de l'activité de ceux qui ont laissé ou laissent une trace (même passée inaperçue) dans les cultures russes et françaises du XXième siècle. Leur activité est étudiée sous divers aspects grâce aux sources imprimées, aux archives, lettres, mémoires, documents administratifs etc."

    Издание впервые в широких хронологических рамках наиболее полно и всесторонне представляет панораму участия русских эмигрантов в общественной, научной и культурной жизни Франции. Словарь насчитывает более 16 000 справок и вводит в информационный оборот не только имена первого ряда, но и множество имен забытых и неизвестных. В книге использованы материалы отечественных и зарубежных архивов, многие из которых ранее не публиковались. Первый том включает в себя более 6000 имен. Для специалистов и всех интересующихся историей русской эмиграции.